Plusieurs chercheurs, qui collaborent au sein du Brussels Studies Institute (BSI), ont publié ce jeudi diverses études sur le centre-ville et son piétonnier.

Avant même son introduction, le piétonnier faisait déjà l’objet de vives oppositions entre les différents pouvoirs politiques mais aussi au sein des Bruxellois. Afin de mieux cerner les enjeux de la capitale, le BSI, Brussels Studies Institute, a publié ce jeudi treize études portant sur le centre-ville et son piétonnier.

Parmi elles figure la publication Remarques préliminaires concernant le plan d’aménagement du piétonnier rédigée par Eric Corijn, professeur en études urbaines à la VUB, Pierre Vanderstraeten, sociologue à l’UCL, et Julie Neuwels, docteure en Urbanisme. Suite à un séminaire de travail portant sur ce projet d’aménagement, l’étude dresse une série de critiques et de réflexions à développer sur plusieurs axes.

Cadrer les pratiques sociales

Selon les auteurs, le plan d’aménagement du piétonnier bruxellois détermine de nombreux espaces auxquels il attribue une fonction précise, comme consommer ou se promener, et pour lesquels il définit les aménagements spécifiques à installer. Or, cette définition précise des zones et aménagements tend à cadrer les pratiques sociales dans l’espace public. "À travers un idéal d’espace public pacifié, cette logique fonctionnelle vise à orienter les usages, en en rendant certains impossibles comme par exemple l’organisation de grandes manifestations", indiquent les chercheurs. Il y aurait donc un risque de surappropriation, ou d’exclusion, de certaines zones par certaines catégories sociales.

Une vision idéaliste

D’autre part, les usagers sont pensés à travers un idéal de normalité. Les chercheurs estiment qu’en négligeant des pratiques généralement considérées comme indésirables, le projet ne permet pas de les anticiper. À titre d’exemple, les problèmes de sans-abrisme ne sont pas du tout pris en compte alors qu’il n’est pas rare d’entendre les Bruxellois se plaindre d’odeurs nauséabondes dans le centre-ville. "Implantés dans les stations de métro, les urinoirs seront invisibles et certainement peu utilisés", ajoutent les auteurs. Ceux-ci proposent d’intégrer le service de prévention de la Ville de Bruxelles, l’ASBL Bravvo et le secteur culturel dans le projet afin d’assurer la bonne cohabitation d’usages et d’usagers.

Les habitants délaissés

Bien que la Ville espère attirer de nombreux visiteurs étrangers une fois le piétonnier achevé, les habitants semblent avoir été peu pris en compte selon l’étude. "Actuellement, la gestion et l’aménagement des centres métropolitains par les pouvoirs publics sont en grande partie pensés autour d’objectifs économiques. Ce phénomène favorise le développement d’infrastructures et d’équipements qui ne sont pas ou peu adaptés aux habitants car destinés en premier lieu aux touristes, consommateurs ou travailleurs", observe Eric Corijn. Il s’agit également d’assurer l’attractivité résidentielle afin d’éviter une désertification, à l’image de la rue Neuve.

En conclusion , des nombreux éléments sociaux, économiques et culturels sont encore à étudier et à prendre en compte avant la finalisation du piétonnier, prévue pour 2018 afin d’éviter que le centre-ville ne devienne rebutant plutôt qu’attrayant.

L’hypercentre accessible en 23 minutes

Une autre étude, parue dans le même cadre, sur l’accessibilité de l’hypercentre - à savoir les quartiers De Brouckère, Bourse et Monnaie - démontre que le centre-ville est plutôt bien desservi. "En considérant l’offre de l’ensemble des opérateurs présents dans la Région, c’est-à-dire la Stib, la SNCB, Tec et De Lijn, l’hypercentre est accessible en moyenne en 23,4 minutes depuis le reste de la capitale", indique Kevin Lebrun, géographe et affilié au centre d’études sociologique de l’université Saint-Louis. 

Les temps moyens, toutes origines et destinations confondues de la Région, varient quant à eux entre 20 et 65 minutes selon les secteurs. Cependant, l’accessibilité moyenne reste inégalement répartie puisque 27 % de la population bruxelloise rencontre des difficultés pour atteindre le centre-ville. Les communes les plus touchées par cette problématique sont notamment Uccle, Boitsfort, Evere et Schaerbeek.