Bruxelles Au-delà de l’esprit frondeur "brusseleir", une certaine conception de la vie.

Jusqu’au début du siècle dernier, la garde-robe de Manneken-Pis ne compta que quelques costumes. Des cadeaux de circonstance avec surtout des habits d’apparat offerts par des souverains et les autorités bruxelloises. Entre 1918 et 1940, Manneken-Pis vit son dressing croître d’une trentaine de nouveaux costumes et de l’après-Seconde Guerre aux années 1970, il reçut de cinq à quinze habits par an. Depuis les années 1980, une quinzaine de pièces enrichissent bon an, mal an la collection. Actuellement, Manneken-Pis est habillé quelque cent trente fois par an soit près d’un jour sur deux ! Comme précisé déjà, ces habillages animent le folklore bruxellois mais la garde-robe fait aussi partie intégrante du patrimoine de la ville.

En berger dans l’Ommegang d’alors

Quand l’habilla-t-on pour la première fois ? Probablement en 1615 en berger comme le montre un des huit tableaux consacrés à la procession de l’Ommegang peints par Denis Van Alsloot. La première mention écrite du don d’un costume remonte elle à 1698 : Maximilien-Emmanuel de Bavière, gouverneur général des Pays-Bas espagnols, fit don à l’occasion du "papegaai" - un traditionnel concours annuel de tir -, d’un habit bleu d’arquebusier de Bavière aux membres du Serment bruxellois des arquebusiers, à la statue de Saint-Christophe, leur patron, et, aussi, à Manneken-Pis ! En 2001, la délégation de Bavière auprès de l’Union européenne en fit réaliser une copie.

Le plus ancien costume conservé date de 1747 lorsque Louis XV voulut faire pardonner une tentative de vol du "menneke" par ses soldats en garnison à Bruxelles. La statuette fut même décorée de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis, ordre honorifique récompensant les officiers les plus valeureux.

Une question de visibilité

Depuis l’Entre-deux-guerres, les donateurs se sont diversifiés : associations d’anciens combattants, organisations professionnelles, culturelles, sportives, de bienfaisance et citoyennes, mouvements de jeunesse, personnalités, offices du tourisme ou ambassades ont voulu remettre un costume au plus célèbre des Bruxellois question d’acquérir une certaine visibilité.

Mais cela dit, offrir un costume à Manneken-Pis ne s’improvise pas ! Il faut ainsi faire une demande officielle au Collège de la ville. Une Commission consultative étudie sérieusement les candidatures d’où sont exclues les motivations à des fins politiques, publicitaires ou pour faire du prosélytisme. Faut-il le dire ? La confection d’un costume n’est pas chose aisée. C’est du "sur-mesure" et il faut en outre être acrobate pour l’habiller car ses pieds et ses mains sont fixés, les premiers au socle, les secondes à ses hanches. Et il ne faut pas oublier de prévoir dans le dos de l’habit le trou nécessaire à l’arrivée du tuyau d’eau. Enfin, les donateurs peuvent faire appel au couturier de leur choix ou de faire appel à la couturière officielle de Manneken-Pis.