Construction d’écoles ou de logements sociaux, propreté et sécurité dans les rues, ou encore fermeture de bars et boutiques… Avec leurs compétences, les bourgmestres et les échevins ont pour mission de gérer au mieux la vie quotidienne de leurs habitants, mais aussi d’anticiper le plus possible les défis futurs dans leur commune. Mais, au fond, combien rapporte un mandat de bourgmestre en Région bruxelloise ?

Le calcul du traitement brut des élus locaux dépend en fait de l’importance de la population de la commune. En clair : plus une entité est peuplée, plus l’indemnité est importante car le législateur a considéré qu’un mandat y demande plus de travail. Les communes peuvent être rangées dans plusieurs catégories différentes comme celles de plus de 150 000 habitants (seulement la Ville de Bruxelles), celles entre 80 001 et 150 000 habitants (Molenbeek, Anderlecht, Schaerbeek et Anderlecht), ou encore celles entre 50 001 et 80 000 (Uccle ou Jette par exemple). Un nombre d’habitants qui est fixé au début de chaque législature. La présence de Jette, qui comptait en octobre 2012 moins de 50 000 habitants, dans une catégorie pourtant supérieure s’explique par le fait que cette entité, comme de nombreuses autres, a été surclassée dans les années 70’. Une anomalie qui n’a pas été modifiée, mais qui est en train de se résorber progressivement. A cause de la pression démographique existant en Région bruxelloise, les communes arrivent progressivement dans la catégorie qui leur correspond réellement. D’autres communes comme Ganshoren, Auderghem et Berchem ont également jadis fait l’objet d’un surclassement.

Disparités relatives, selon les communes

Avec 10 788,66 € mensuels brut, le poste de bourgmestre le plus rémunéré est celui de la Ville de Bruxelles. Celui d’une petite commune comme Berchem-Sainte-Agathe, avec 6 685 € brut, termine ce classement.

Un chiffre tout relatif au regard des responsabilités reposant sur les épaules des bourgmestres, et au regard des salaires proposés dans le secteur privé. Dans les communes de moins de 50 000 habitants, le maïeur gagne d’ailleurs moins (NdlR : 93 %) que son secrétaire communal. "Le bourgmestre a pourtant de grosses responsabilités. Joignable 24h/24, il peut aller au pénal ou au civil en cas d’erreur", précise d’ailleurs le bourgmestre berchemois Joël Riguelle (CDH).

Le cumul des revenus issus des mandats publics, en ce compris les jetons de présence qui découlent de ceux-ci, est encadré par la loi, ne pouvant dépasser une fois et demie le traitement d’un député fédéral. Une somme qui concerne par exemple tous les 12 bourgmestres-députés bruxellois. Il s’agit de Vincent De Wolf (MR) (Etterbeek), Marc-Jean Ghyssels (PS) (Forest), Hervé Doyen (CDH) (Jette), Philippe Pivin (MR) (Koekelberg), Françoise Schepmans (MR) (Molenbeek), Charles Picqué (PS) (St-Gilles), Emir Kir (PS) (St-Josse), Bernard Clerfayt (FDF) (Schaerbeek), Armand De Decker (MR) (Uccle), Benoît Cerexhe (CDH) (Woluwe-St-Pierre) et d’Olivier Maingain (FDF) (Woluwe-St- Lambert).

Pas de limitation pour les activités privées

Précisons que les autres maïeurs peuvent très bien atteindre le plafond fixé par la loi, car certains mandats au sein d’intercommunales s’avèrent très rémunérateurs. C’est le cas du poste de président chez Vivaqua, que détient le bourgmestre bruxellois Yvan Mayeur (PS). Aucune limitation n’est en revanche prévue pour les rémunérations venant d’activités professionnelles privées. L’Ucclois Armand De Decker, qui a déjà travaillé comme avocat, ne doit pas par exemple plafonner les revenus venant de cette profession.


Un échevin ixellois gagne plus que le bourgmestre d’Auderghem

Un échevinat à Molenbeek ou Ixelles (environ 7 500 € mensuels brut) rapporte plus qu’un mayorat à Berchem (6 275 €) ou Auderghem (7 078 €). De nouveau, parce qu’un mandat exécutif dans une commune très peuplée est mieux rémuné que dans une commune avec un faible nombre d’habitants. Le traitement d’échevin est calculé à partir de celui de son bourgmestre. Si la commune compte plus de 50 000 habitants, ce sera 75 %, sinon, c’est 60 %. Les indemnités d’échevins dans les "petites" communes s’avèrent ainsi relativement modestes. A titre d’exemple, un poste d’échevin saint-gillois rapporte environ 4 200 € mensuels brut. "Les gens s’imaginent parfois qu’on gagne de l’or en barre, mais ce n’est pas le cas. C’est un métier de passion" , explique ainsi l’échevine saint-gilloise Cathy Marcus (PS), qui travaille également à mi-temps comme juriste. "Les échevins des petites communes ne sont pas assez payés. Ils ont finalement beaucoup de responsabilités", indique l’échevin ucclois Marc Cools (MR), qui préside l’Association de la Ville et des Communes de la Région de Bruxelles-Capitale.


"Cela peut parfois paraître injuste"

© Christophe Bortels

Caroline Van Wynsberghe réfute "les idées reçues" sur les revenus des politiciens. Politologue à l’UCL, elle répond aux questions de "La Libre Belgique".

Que penser de la rémunération des échevins et des bourgmestres ? Sont-elles exagérées ?

Cela demanderait un débat plus large, celui des rémunérations dans l’ensemble du système politique belge. Celui-ci n’est pas du tout le même qu’en Suisse. En Belgique, contrairement à la Suisse, on fait plus souvent une vraie carrière politique. C’est en même temps plus difficile dans notre pays de porter l’étiquette d’un parti politique et d’aller continuer sa carrière dans le privé. Dans ce système, il faut des rémunérations plus importantes.

Certains échevins de petites communes disent qu’ils peuvent perdre leur mandat dès la législature suivante (NdlR : c’est ce qu’indique Karima Souiss (PS), à Ganshoren, qui a promis de déménager de son logement social)…

Quand on est un échevin sortant, ce n’est pas très difficile d’être réélu comme conseiller communal. Après, le reste dépendra de la majorité qui se mettra en place.

Oui, mais ces édiles disent qu’ils peuvent tout perdre aux élections suivantes.

C’est effectivement toute la question de la dépendance du mandat. Comme je l’ai dit, quand vous avez été longtemps échevin, vous avez une étiquette politique qui vous colle à la peau.

Plusieurs bourgmestres gagnent moins que certains échevins…

C’est quelque part arbitraire, mais toute cette grille est transparente. Certaines rémunérations peuvent paraître injustes, mais si une commune a moins d’habitants, cela signifie qu’elle a moins de travail.

Dans plusieurs communes, il y a donc certains échevins à mi-temps ?

La charge de travail dépend de la taille de la commune, mais aussi d’autres critères comme l’importance des compétences. On peut avoir des échevins avec de beaux gros portefeuilles, et d’autres avec beaucoup moins. Cela dépend aussi de l’implication qu’on veut y mettre.

Est-il parfois trop simpliste de dire que "les politiques gagnent trop" ?

Oui, cela reste une idée reçue. Cela dépend du point de vue duquel on se place. Si on compare par rapport à un député ou à un chef d’entreprise, ou par rapport à un ouvrier ou un enseignant. Tout dépend d’où on se place. C’est pour cela qu’on a des barèmes pour fixer des règles.