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Gilet blanc retroussé, training bleu foncé, baskets et sac de sport sur l'épaule, David Sonnenbluck a l'élégance, la démarche et le port si caractéristiques de tout danseur classique. Ses cheveux blonds tirés en catogan, sa jeune barbe et ses yeux bleus cerclés de cernes ont peine à cacher son extrême fatigue. "Je suis debout depuis 4 heures du matin", raconte-t-il un peu stressé. "Je m'occupe de tout, même de la billetterie pour les représentations de cette semaine", ajoute-t-il.

Danseur et chorégraphe bruxellois talentueux, David Sonnenbluck voue une insatiable passion à la danse. "A l'âge de 8 ans, j'ai été voir un spectacle de Maurice Béjart, "La 9e symphonie de Beethoven", et j'ai tout de suite su que je serais danseur", se souvient-il. Petit rat de l'Opéra, il intègre plus tard "Mudra", l'école de Maurice Béjart à Bruxelles. Ce dernier lui obtient ensuite une bourse d'études pour l'Ecole du Kirov à Saint-Pétersbourg. A son retour, il décroche un contrat au Ballet royal de Wallonie où il reste pendant six ans. Il partira ensuite à Madrid, pendant un an, à l'école de Victor Ullate, comme soliste. "En rentrant de Madrid, j'ai décidé de fonder ma propre compagnie car j'en avais assez de faire des choses qui ne me plaisaient pas. Il faut savoir que lorsqu'on est danseur dans une grosse compagnie, on est en fait employé dans l'art. On n'a pas à choisir", explique David Sonnenbluck. Le jeune danseur, avide de créations propres, fonde alors au début des années 90 sa propre troupe, le "Brussels Ballet".

"J'ai réuni des danseurs qui n'étaient pas partis à Lausanne avec Béjart, d'autres qui étaient issus du Ballet royal de Wallonie, du Bolchoï, de l'Opéra de Paris, etc., mais qui étaient tous tout de suite des professionnels", poursuit David Sonnenbluck. Peu à peu, la compagnie s'impose par son travail et sa qualité, et voyage à travers le monde : Etats-Unis, Istanbul, Macao, Hong Kong, la Pologne, la France, l'Allemagne, Bruxelles...

Aujourd'hui, les 17 danseurs du "Brussels Ballet" présentent leur nouveau spectacle, "Alice au pays des merveilles". "Le tout premier spectacle auquel j'ai participé quand j'étais petit était "Alice au pays des merveilles". C'est donc une boucle qui se referme", confie David Sonnenbluck. Profondément inspiré par l'ouvrage de Lewis Caroll, David Sonnenbluck s'est intéressé au personnage d'Alice. "Alice a un langage autre que celui des personnages du livre. Voilà pourquoi le rôle d'Alice est joué par une comédienne, Astrid Whettnall. Il y a donc des communications différentes entre la comédienne et les danseurs", explique-t-il. Par ailleurs, Alice a grandi. Elle n'a plus 10 ans mais bien 35 ans. "Qui va attirer Alice dans son terrier ?", interroge le chorégraphe. "Plus un lapin, mais bien un homme. C'est donc la quête de l'amour. Ce spectacle est plein d'émotions et celui qui est le plus effréné, où j'ai été le plus loin", commente encore le chorégraphe.

Manque de moyens

"Mais je travaille toujours sans moyens", déplore-t-il. Car pour pouvoir tenir la tête hors de l'eau et payer ses danseurs, David Sonnenbluck se donne corps et âme pour ses créations et compte sur la vente des billets - dont il s'occupe personnellement. "A côté de cela, je donne depuis des années des milliers d'heures de cours (streching, body-balance et aquagym) au Golden Club à Ixelles, entre autres, où je dispose d'une salle complètement équipée", ajoute-t-il.

Mais pour ce danseur ayant côtoyé les plus grands, l'incompréhension règne : "je n'en reviens pas. Quand Béjart était ici, Bruxelles était le centre de l'Europe pour la danse. Et depuis qu'il est parti, cela s'est complètement décliné". "Il y a certes toute cette nouvelle vague contemporaine. Et tant mieux. Mais la culture est un choix. On ne peut la réprimer", ajoute celui qui défend le style néo-classique de ses chorégraphies.

Et d'avouer qu'il serait prêt, avec le "Brussels Ballet" à prendre la relève de Mudra car "il y a un énorme potentiel en Belgique. Ce serait magnifique de ravoir à Bruxelles une compagnie nationale...".

Les 21, 22 et 23 juin à 20h30 au Centre culturel de Woluwe-Saint-Pierre, avenue Charles Thielemans 93 à 1150 Bruxelles.

Infos et réservations : 0475.22.99.28. - Web www.brusselsballet.com. Prix : entre 20 et 25 €.