Il y a deux manières d'être le fils de quelqu'un en politique. Il y a ceux qui, dès l'adolescence, marchent sur les traces paternelles et misent tout sur la carrière politique. Et puis il y a ceux qui partent vers d'autres horizons avant d'être rattrapés par le fameux virus. Damien Thiéry (FDF) appartient à la seconde catégorie. Son père a dirigé la commune pendant 14 ans. En 1988, Roger Thiéry avait été réélu pour la troisième fois, avec un score personnel record, mais un an plus tard, il disparaissait prématurément, victime d'une crise cardiaque à 58 ans. "Je l'ai relativement peu vu mais j'ai baigné dans une atmosphère politique depuis mon plus jeune âge", se souvient Damien Thiéry.

Sport et marketing

A l'époque, son parcours n'a pourtant pas grand-chose à voir avec la politique. Passionné de sport, il pratique le rugby, le handball et surtout le hockey sur gazon (il joue en équipe provinciale et sera même ultérieurement administrateur de la fédération belge pendant 4 ans). Il entreprend logiquement une licence en éducation physique mais doit revoir son choix suite à un problème de genou. Il oblique à contrecoeur vers la kiné "pour avoir un diplôme sans perdre de temps, parce que les candidatures sont communes" mais la profession ne le tente guère.

Il rentre dans le secteur pharmaceutique, chez Glaxo SmithKline. Quinze ans, plus tard, il y est toujours, avec le titre ronflant de Business Unit Director, une fonction mixte entre vente et marketing. Pas vraiment le genre de poste qui laisse le temps de loucher vers la politique, ni qui permette de côtoyer ce milieu. Mais bon sang ne saurait éternellement mentir.

Son mentor s'appellera Christian Van Eyken. L'homme est un ami de la famille et est devenu bourgmestre de Linkebeek en 1993. "Il m'a fait découvrir la politique dans la ligne de ce que mon père m'avait appris : s'investir pour la population avant tout." Aujourd'hui, Christian Van Eyken a quitté Linkebeek pour Tervuren pour raisons personnelles, mais les deux hommes sont encore quotidiennement en contact. Aussi parce que l'ancien bourgmestre est également le seul élu francophone du Parlement flamand.

Doubles journées

C'est Christian Van Eyken qui lui propose de se présenter aux élections en 2000. Pratiquement sans faire aucune campagne, il est élu échevin directement (selon le système en vigueur dans les communes à facilités). Bien sûr, il porte un nom connu "mais je suis aussi toujours resté actif dans l'associatif à Linkebeek. C'était à prendre ou à laisser et je me suis dit : pourquoi ne pas aller plus loin ?" Il devient échevin des travaux publics, "l'échevinat le plus lourd ", selon ses propres termes.

A partir de 2000, c'est dès lors à un emploi du temps implacable que Damien Thiéry est soumis. Un travail de haut niveau dans le privé, plus la commune, tôt le matin (de 7 ou 7h30 à 9h) et tard le soir, "parfois jusqu'à 22 heures, des fois jusqu'à une heure du matin." Sa vie privée aura quelque peu à en pâtir : le sport, et surtout les moments avec ses trois enfants se sont faits forcément plus rares, malgré une organisation rigoureuse.

Ses ambitions de futur bourgmestre ? "Avant tout, travailler en équipe. Ces trois dernières années, depuis le départ annoncé de Christian Van Eyken, cela n'a pas toujours été le cas."

Et puis, assurer tout le suivi des travaux publics qui ont été entrepris avant les élections, notamment à la rue Hollebeek, "pour ne pas prendre le risque de perdre les subsides de la Région, laquelle intervient à hauteur de 50 pc." Vaste sujet, que celui-là : "Les rapports avec l'autorité de tutelle sont bons tant qu'on agit dans leur sens. Mais dès que l'on discute de l'affectation ou d'un territoire, le linguistique reprend le dessus. Et pour tout ce qui concerne la culture et le sport, la Région flamande ne donne rien sous prétexte qu'on est trop bilingues ou trop francophones. Ainsi, la commune vient de perdre son subside annuel pour la bibliothèque des jeunes. Nous avons 75 pc de livres en français et 25 pc en néerlandais, ce qui est quand même logique par rapport à la structure de la population, mais ils voudraient que ce soit l'inverse."