Pas de chaînes de télé "pour adultes", ni de présence de produits à base de porc dans le minibar, mise à disposition d’un Coran et d’un tapis de prière, ainsi qu’une indication "bien claire" de la direction de La Mecque : voici à quoi devront ressembler les chambres d’hôtels désirant obtenir le certificat halal mis en place début 2011 par Beci, la chambre de commerce bruxelloise. " Dans un premier temps, nous travaillerons par étage , explique Bruno Bernard, consultant pour Beci (Brussels enterprises commerce and industry). Mais nous n’excluons pas la possibilité, plus tard, d’un "tout halal" (NdlR : c’est-à-dire en conformité avec les préceptes de l’Islam) pour certains hôtels avec notamment, des piscines séparées" .

Le consultant a prévu jusqu’au moindre détail, afin d’éviter, par exemple, que "le room service de ces hôtels ne fournisse par erreur un sandwich "jambon-beurre" aux clients des chambres "halalisées". Autre attention particulière : pour obtenir ce certificat, les hôtels doivent s’engager à ne pas admettre de prostituées sous leurs toits

Ce concept, déposé depuis peu et qui est une première en Europe, pourrait interpeller certains. C’est plutôt une démarche "logique" selon Bruno Bernard. "Quand vous allez en vacances en Egypte ou en Turquie, vous êtes bien content de pouvoir siroter tranquillement votre bière au bar d’un hôtel. C’est exactement le même principe."

Pour l’heure, plusieurs établissements, dont des hôtels appartenant à des ressortissants du Golfe persique, ont manifesté leur intérêt. Notre rapide enquête auprès de six chaînes hôtelières ayant pignon sur rue à Bruxelles est moins éloquente. Seul le Radisson Blu Royal Hotel, "qui ne possède pas de chambres spéciales pour les musulmans, mais qui a toujours répondu aux attentes spécifiques de tous ces clients", semble montrer un intérêt pour ce type de chambres. "Mais le tourisme religieux n’est pas notre "main business" précise l’hôtelier. On en restera au "no comment" de façade du côté des autres chaînes contactées. Bruno Bernard préfère lui parler de "tourisme et de business culturel".

La sauce prendra-t-elle ? Beci n’en est en tout cas pas à son coup d’essai au sein du marché halal, "un superbe marché de niche, où il y a très peu de joueurs (voir ci-dessous)", dixit Bruno Bernard. Une récente étude indiquait ainsi que 17 % des Bruxellois avaient l’habitude de consommer halal. Pourtant en lançant en mars dernier son certificat halal pour les produits industriels, la chambre de commerce bruxelloise avait reçu de nombreuses critiques, d’aucuns affirmant qu’elle favorisait une "islamisation rampante" de la société.

"Le projet a été mal compris, précise Olivier Willocx, l’administrateur-délégué de Beci, encore étonné du "déchaînement passionnel" suscité par l’initiative. "Il faut bien le préciser : notre certificat concerne des produits, hors viande, destinés à l’exportation, et non au marché local. Nous voulions instaurer de la transparence dans un milieu qui ne l’est pas toujours". Certains "certificateurs" n’hésitent ainsi pas à facturer leurs prestations aux alentours de 20000 euros pour délivrer des brevets non reconnus par tous. La fraude existe également. Des produits se présentent comme halal, sans l’être dans les faits.

Du côté de Beci, qui se veut "facilitateur plutôt que certificateur", l’ardoise s’élève à 1500 euros pour toute société désirant obtenir l’attestation halal d’un produit. Un certificat européen reconnu "partout" au sein du monde musulman. Le tarif sert, notamment, à payer les frais de déplacement de l’imam venu spécialement d’Algérie ("où la relation entre Etat et religion est reconnue") qui délivrera (ou non) le certificat après trois jours d’inspection du lieu de production. "Des contrôles inopinés sont également prévus auprès des entreprises, et en cas de fraude, on prévoit une exclusion de cinq ans de la certification", précise Bruno Bernard.

Si les débuts de cette initiative furent timides, Beci reçoit actuellement une demande d’attestation par jour. "On espère arriver à 500 certifications par an." Reste que les entreprises se montrent très discrètes sur l’acquisition de ce label. A ce jour, seules les sociétés Colona (sauces), Charlemagne (chocolat) et Night Orient (boisson "festive et pétillante" sans alcool) communiquent sur le sujet. "Il faut savoir que ce certificat ouvre bien des frontières, notamment celles du juteux marché du Moyen Orient", conclut Bruno Bernard.