Développer le rail dans la capitale, via un Réseau express bruxellois (REB), afin d’y limiter la congestion automobile… Présenter comme cela, l’idée paraît être une question de bon sens. Pourtant, plusieurs éléments s’opposent au projet.

Le coût. Pour qu’un train soit le plus rentable possible, il doit transporter un maximum de passagers sur une distance la plus longue possible. Au niveau du REB, les distances sont courtes… Ceci dit, "l’infrastructure existe" , note Henry-Jean Gathon, professeur en économie des transports à l’ULg (Liège). "Le coût ne viendrait "que" de la mise à disposition du matériel roulant et du personnel. Or, des études, menées dans le cadre du lancement du projet RER, montrent que les gens veulent surtout passer par la Jonction Nord-Midi (JNM), déjà largement saturée. Les lignes 26 et 28 ne généreraient pas un énorme trafic."

La culture de l’entreprise. La SNCB insiste : son job consiste à transporter un maximum de gens sur de longues distances. "Les Ucclois (qui étaient à l’origine opposés au métro) et, plus largement, les habitants de la couronne autour du centre de Bruxelles, se rendent compte qu’ils peuvent utiliser le train" , sourit le professeur Gathon. Mais, estime-t-il, "le train n’est pas adapté" à ce type de transport intra-muros. "Le grand problème, c’est que les moyens sont limités. Et on imagine aujourd’hui utiliser le train pour suppléer les carences de la Stib. On va faire avec du matériel lourd ce qui peut être fait avec du matériel plus léger…"

Le combat politique. L’ex-ministre-président Charles Picqué (PS) ne mâche pas ses mots. "Des investissements supplémentaires doivent pouvoir être faits." Il faut donc délier les cordons de la bourse. "Mais il y a un aveuglement de la classe politique non bruxelloise, tant flamande que wallonne" , dénonce-t-il. "La Région bruxelloise doit être un peu plus gâtée par le gouvernement fédéral" , sachant que l’Etat est l’unique actionnaire de la SNCB. Les 500 millions d’euros de refinancement dans le cadre de la réforme de l’Etat, dont près de 200 millions pour la mobilité ? "C’est bien, mais cela reste très insuffisant."

La saturation de la JNM. Le REB impliquera de faire rouler un nombre - même très limité - de trains supplémentaires dans la jonction. Impossible sans y alléger le trafic. C’est l’idée du tunnel entre Forest et Schaerbeek (sous la jonction) développée par le chef de file du MR bruxellois, Didier Reynders. Dont coût, "2,2 milliards d’euros" , nous dit-il. Certains évoquent un montant de plus de 4 milliards…

La disponibilité du matériel roulant. Développer le REB nécessitera, soit d’acquérir de nouveaux trains, soit d’en déplacer vers ces lignes bruxelloises. Ce qui n’est absolument pas dans l’intention de la SNCB. Charles Picqué laisse toutefois entrevoir une ouverture. "Dans le débat sur le désengorgement de la JNM, les Bruxellois seront prêts à aider la SNCB, mais il faudra tenir compte de leurs revendications." Le ton est donné.