Honorer une nouvelle taxe de 3500 euros, cela revient à comptabiliser 150 passes supplémentaires par an", calcule Julie. Des chiffres qui pèsent lourdement sur les destins des femmes prostituées de Schaerbeek depuis que la commune a voté en septembre une taxe sur les carrées - ces fenêtres individuelles éclairées de néons - pour les exercices 2011 à 2015. Son montant : 3500 euros par an, indexables chaque année et à charge de l’exploitant, c’est-à-dire la prostituée elle-même. "Annexer cette nouvelle taxe aux frais déjà existants de la profession fait grimper à 10000 euros le droit de figurer derrière une vitrine", poursuit Julie, outrée.

Une colère que partage Espace P, l’association de défense des droits des travailleurs sexuels. "Nous demandons l’annulation pure et simple de cette taxe. De manière déguisée, la commune s’inscrit dans une démarche de proxénétisme immobilier", tranche l’ASBL. Et de dénoncer inlassablement l’absence de statut des personnes prostituées. "Elles sont marginalisées suite à la non-reconnaissance de leur activité. Elles sont donc sans pouvoir d’influer sur les décisions qui les concernent".

Pour renforcer l’impact de leur recours, Espace P s’est associé à David Wasserman, avocat fiscaliste. "Il y a une totale absence d’égalité. A l’inverse des autres citoyens, les prostituées assument plus de devoirs mais bénéficient de moins de droits. Certes, la commune de Schaerbeek a besoin d’argent mais les prostituées ne sont pas des poules aux œufs d’or", confie-t-il.

Mais Schaerbeek se défend . "C’est tout le contraire. A l’instar des exploitants de maison close qui paient cette somme par fille depuis plus de vingt ans, nous taxons leurs homologues des carrées de la même manière", explique Bernard Guillaume, échevin en charge des Taxations.

Le but de la commune selon l’ASBL : "Tout porte à croire que Schaerbeek souhaite éradiquer la prostitution de son territoire. Elle a déjà limité le nombre de carrées. Une telle décision a fait flamber les prix des espaces à louer. Nombreuses sont les prostituées à ne pas pouvoir assumer des loyers oscillant entre 700 et 3000 euros par mois". Mais Bernard Guillaume rétorque, "notre objectif n’est pas de supprimer la prostitution mais bien de la circonscrire. En ce sens, la commune a ajusté ses règlements d’urbanisme, de police et aujourd’hui de taxation". Pour Espace P, les victimes de ces mesures sont inchangées : les prostituées elles-mêmes.

" La taxe peut être contestée dans les modalités mais pas dans le principe. Les prostituées des carrées étant leur propre exploitante, nous pouvons en effet envisager d’adapter le montant à leur réalité financière ou imposer cette taxe au propriétaire. Un changement envisageable pour 2012 cependant. Pour 2011, il est trop tard. Mais les facilités de paiement sont toujours envisageables", souligne l’échevin.