Patrick et Isabelle vivaient dans cette maison depuis 27 ans. Aujourd’hui, ils sont à la rue.

Imaginez la scène : un huissier vient sonner à votre porte un matin de janvier pour vous expulser du toit qui vous abrite depuis 27 ans, sans vous laisser le temps de prendre vos objets de valeur ni de quoi bien vous couvrir. C’est ce qu’ont vécu Isabelle et Patrick, deux locataires de Haren qui ont été expulsés de leur maison suite au décès de leur propriétaire. Le 21 janvier, ils se sont retrouvés à la rue. Depuis, ils n’ont aucune autre solution que de squatter un abri dans un terrain vague… malgré le froid glacial qui touche le pays en ce moment.

"Je n’imaginais pas me retrouver un jour à la rue", confie Patrick, devant son ancien logement harenois. "Je n’ai jamais eu de retard dans mes paiements de loyer en 27 ans et il n’y a jamais eu de problème avec la propriétaire."

Mais sa vie bascule quand cette dernière décède. À la suite de cet événement, les héritiers décident de récupérer le bien. Ils envoient à Patrick et sa belle-fille Isabelle un avis d’expulsion le 14 décembre, soit un peu plus d’un mois avant la date butoir. Désespéré, le sexagénaire parle à son entourage, affiche des messages sur ses fenêtres mais en vain. Ils resteront sur place jusqu’à l’intervention d’un huissier. Quant à leurs affaires accumulées en plus de deux décennies ? "Tout a été jeté nonchalamment dans un dépôt de la ville de Bruxelles. Beaucoup de mes biens ont été cassés ou abîmés", regrette l’ex-courtier en assurances devenu collectionneur.

Depuis 15 jours, Patrick et Isabelle s’abritent dans un petit enclos d’un terrain vague, non loin de leur ancienne maison. À leurs côtés, leur fidèle compagnon, Max. Leur autre chien est malheureusement décédé il y a quelques jours. "Avec des chiens la situation est encore plus compliquée. C’est impensable que je me sépare de mon dernier chien, mais cela nous ferme beaucoup de portes."

Ainsi, Isabelle et son beau-père dorment dans une petite tente et s’abritent la journée dans une serre. "Cela devrait être interdit d’expulser des gens en plein hiver. Je sais que ça l’est dans le public et le social, mais il n’y a pas de loi pour les propriétaires privés. Vous n’imaginez pas comme il fait froid et humide la nuit. On a quelques couvertures mais c’est tout." Depuis leur expulsion, ils ont contacté le CPAS qui a réglé plusieurs questions concernant le cas d’Isabelle, atteinte d’un handicap. "Maintenant il reste la question de l’hébergement… On attend. En attendant on nous propose les centres d’accueil de sans-abri, juste pour la nuit."

Un appel au don a été organisé par un ami de Patrick et Isabelle sur Facebook.

"La Ville a très peu de marge de manœuvre"

Contacté, le cabinet de l’échevin du Logement Khalid Zian (PS) à la Ville de Bruxelles regrette son manque de solution. "La Ville a une compétence du logement moyen", explique Olivier Verstraeten, chef de cabinet. "Nous restons soumis à un règlement régional dans lequel il n’est pas prévu de faire des dérogations. Il y a plusieurs milliers de personnes en attente pour un logement de la régie foncière. Même si ce cas-ci est un cas d’urgence, nous ne pouvons pas le faire passer avant les autres. Le CPAS peut quant à lui fournir des logements de transit et un suivi social. Mais vous n’imaginez pas le nombre de gens qui sont dans ce cas. Le CPAS est complètement surchargé et saturé. Dans le cas d’un logement complètement insalubre, le bourgmestre a alors la compétence de reloger quelqu’un dans l’urgence, le temps de rénover le logement. C’est le seul cas d’exception possible."