"Comment se fait-il qu’on sorte un projet de 35 000 m2 et d’un loyer de 7 millions par an ? L’opacité est incroyable..."

Dès lors qu’on le branche sur le gigantesque édifice, François Schuiten, le monstre de la BD, le papa (avec son "vieux complice", Benoît Peeters) des Cités obscures s’emballe. Jeudi passé, l’artiste schaerbeekois a fait montre de sa suspicion "extrême" à l’encontre de cette société, de "cette capitale de l’Europe qui se veut démocratique mais voudrait sortir la justice du palais".

Depuis 20 ou 30 ans, "on ne sait plus", l’emblème d’antan s’habille d’échafaudages. Le fruit, analyse notre hôte, d’une "très mauvaise gestion"... Conséquence? Abandonné, le palais de justice est confronté à une "lente et irrémédiable agonie". Et, s’énerve le dessinateur, l’objet d’une "diabolisation" : "Des archives ne le disent pas en si mauvais état !"

Mieux ! Pour notre créateur (on verra ci-contre qu’il n’est pas le seul), ce navire de la place Poelaert "doit être réinventé". Bien que s’orientant vers une mixité de fonctions, cette cathédrale se doit, selon "Monsieur Brüsel", de conserver sa fonction première. Ce qui n’empêche pas d’en livrer le socle à des fonctions culturelles et/ou commerciales. Pour peu, martèle-t-il, que l’on s’éloigne, enfin, d’une "sorte de dérive" dont pâtit l’indispensable rigueur.

Objectivation de la donne

La quête de l’esthète sonne d’autant plus juste que si la Régie des bâtiments, propriétaire du palais, s’avère "tétanisée depuis des décennies devant le problème", les remèdes sont, dixit notre témoin, "connus". Un : l’histoire du joyau, ses techniques et matériaux en livrent des clés. Un exemple : derrière les pièces trônent des structures métalliques, rouillées. Rien d’impossible, selon notre féru d’architecture ("Mais je ne suis pas architecte !"), en termes de rénovation !

Deux : ceux qui bossent dans le palais se refusent à quitter l’ex-merveille. Trois : à mille milles des "lâcheté", "incompétence" et "inculture" similaires à celles qui, jadis, mirent à terre la Maison du peuple d’Horta, François Schuiten (et d’autres) a rejoint la Fondation Poelaert. Pour objectiver une refonte, propre à refaire du temple l’emblème qu’il fut.