Les policiers ont encerclé l'ancien couvent du Gesù à Saint-Josse-ten-Noode, lundi vers 5h30, et y sont entrés vers 6 heures par la rue de la Traversière. Les premières évacuations ont commencé vers 8 heures. Plus de 200 policiers, soit autant que le nombre de personnes occupant les lieux à Gesù, ont participé à l'évacuation, munis de boucliers et de matraques.


Une expulsion violente

Selon Alexis Deswaef, président de la Ligue des droits de l'Homme interrogée par La Première ce matin, l'expulsion a été assez violente: "Une expulsion de manière très violente, avec des moyens policiers inimaginables : 40 combis, plus de 200 policiers, plus que le nombre d’habitants où il y a quand même environ 80 enfants. On ne s’attendait pas à ça. Des policiers avec boucliers et matraques qui avaient visiblement envie d’en découdre. Avocats, sympathisants, associations qui soutiennent les habitants ont été poussés de manière violente dans la rue. Visiblement les policiers avaient reçu pour instruction de ne pas hésiter à utiliser leur matraque".

Alexis Deswaef reste consterné par ce qu'il a observé. "On a d'abord vu une maman menottée, avec sa fille à ses côtés. On est sous le choc car cela aurait dû se passer autrement. Depuis plus d'un mois et dimanche encore, on a demandé à Emir Kir (le bourgmestre de Saint-Josse-ten-Noode, NDLR) de reloger les occupants. Et le propriétaire tolérait l'occupation. Le secrétaire d'Etat bruxellois Christos Doulkeridis était prêt à se réunir pour commencer à reloger les occupants mais Emir Kir a choisi la force. Comment le PS se positionne-t-il face à cette décision?"


Une manif en soutien

Certains militants envisagent une manifestation devant le siège du PS, le parti d'Emir Kir, et les quelques sympathisants mobilisés ont hué les policiers ainsi que le bourgmestre à son arrivée. En réaction, ce dernier a reporté la conférence prévue à 8 heures sur les lieux. Elle se tiendra à 9 heures à la maison communale.

La plupart des occupants de l'ancien couvent du Gesù ont quitté les lieux dans la nuit. Il reste environ 90 enfants ainsi que leurs parents dans le bâtiment. Bernard De Vos, délégué aux droits de l'Enfant, partage lui ses inquiétudes. "Emir Kir va trouver des solutions d'urgence pour reloger les familles au Samu social ou dans des chambres d'hôtel. Mais y aura-t-il des solutions sur le long terme?"


Didier Gosuin pointe l'échec d'une politique sociale

Le bourgmestre d'Auderghem Didier Gosuin (FDF) a critiqué lundi le "pourrissement" depuis 2009 du dossier du squat de l'ancien couvent du Gesù à Saint-Josse-ten-Noode, y voyant l'échec de la politique sociale de la commune. "C'est à partir de 2009 qu'il fallait trouver des solutions de relogement aux squatteurs. On a laissé pourrir une situation et aujourd'hui on utilise les grands moyens", a-t-il déclaré sur les ondes de La Première (RTBF).

Il souligne la politique pratiquée dans sa commune pour lutter contre les logements inoccupés en taxant les propriétaires et obligeant l'occupation des biens.

A ses yeux, l'intervention policère traduit "l'échec d'une politique sociale qui manifestement n'a pas été appréhendée à Saint-Josse" depuis quatre ans.


L'épée de Damoclès dimanche

La panique s'était emparée dimanche du couvent du Gesù dont les occupants étaient menacés d'expulsion depuis l'adoption par le bourgmestre de Saint-Josse-Ten-Node, Emir Kir (PS) d'un arrêté de police. Le bourgmestre avait affirmé que l'expulsion aurait lieu de toute façon mais n'avait pas voulu préciser quand elle se passerait.

La commune et la région ont désigné des endroits pour accueillir temporairement les familles après leur expulsion. Une vingtaine de logements vides, essentiellement des appartements, seraient ainsi mis à disposition.


Mais qui sont-ils?

Les occupants qui sont en voie d'être expulsées du couvent Gesù ce lundi matin sont de diverses origines. On retrouve des familles Roms, mais également des sans papiers et des personnes isolées. Tous sont installés depuis 2009 dans l'ancien couvent qui devait être reconverti en hôtel. Une association avait convenu d'un accord avec le propriétaire du bâtiment, pour que tous ces hommes, femmes et enfants puissent y séjourner en attendant le début des travaux.

L'état du bâtiment a fortement dégradé suite au nombre croissant d'occupants (plus de 200 personnes).