L'émotion était vive, ce vendredi en fin de journée, au carrefour entre l'avenue Albert et la rue Berkendael, à l'endroit précis où Iwona, une cycliste de 30 ans, a été mortellement fauchée par un automobiliste samedi dernier.

Une bonne centaine de personnes - cyclistes, automobilistes, riverains confondus - était présente pour déposer des fleurs et des bougies, et pour demander que des aménagements urgents soient réalisés pour éviter pareil drame à l'avenir. Des amies d'Iwona étaient également présentes pour se recueillir.

Catherine ne connaissait pas la jeune victime mais a tenu à déposer un bouquet de fleurs. "Le manque de civilité me met en colère. Ce matin, j'ai encore vu une voiture avec une pancarte 'on en a marre de rouler à du trente en ville'. C'est de l'égoïsme pur et simple", fustige cette Bruxelloise au bord des larmes. "Je suis cycliste et automobiliste. Il convient de mieux sécuriser les pistes cyclables car les conflits sur la route ne sont amusants pour personne."

Un avis partagé par Bernard, cycliste de longue date. "Je suis venu ici par solidarité. Les voitures déboulent à vive allure sur l'avenue Albert et la visibilité des piétons et cyclistes est médiocre. Les usagers faibles y sont en danger. Des pistes cyclables supplémentaires ont été aménagées mais ce ne sont que des coups de peinture. Ce qu'il faut, c'est une vraie piste cyclable sécurisée par des potelets. Oui, il m'arrive d'être agressif envers des automobilistes. S'ils me tamponnent, je meurs, tandis qu'eux auront juste des dégâts matériels", explique Bernard.

Toutes les personnes rencontrées sont unanimes : l'avenue Albert n'a rien à faire en zone 50. "Il y a la présence de plusieurs écoles avec de nombreux enfants et plusieurs passages pour piétons. Et quand bien même cette artère serait mise à du 30, il faut impérativement aménager des ralentisseurs de vitesse style coussins berlinois car sans ça, la limitation de vitesse ne sera jamais respectée", explique Geneviève Kinet, membre-fondatrice du comité de quartier Wiels wijk et membre du groupement Heroes for Zero.

Dimitri est un riverain de l'avenue Albert. Il avait déjà envoyé un courrier à la région pour indiquer la dangerosité des carrefours de cette artère. "Il faut en tout cas réaménager ce carrefour-ci mais il faut surtout mettre les bouchées doubles pour repenser les nombreux autres endroits problématiques de la capitale afin d'éviter de futurs drames", conclut Dimitri.

Après de courts discours, Covid oblige, les personnes présentes ont observé une minute de silence, suivie d'une démonstration de violon. Sur le coup de 19h, un "ghost bike", soit un vélo fantôme, a été installé sur les lieux de l'accident.

Preuve de la cohabitation compliquée entre les voitures et les cyclistes, nous avons assisté, en nous rendant vers le lieu de la commémoration, a une virulente altercation entre deux cyclistes et un automobiliste parqué en double file sur la piste cyclable, dans le sens vers la rue Vanderkindere. Les esprits se sont sérieusement échauffés mais des riverains sont intervenus pour s'interposer et éviter que les protagonistes n'en viennent aux mains.

Une analyse est en cours du côté de Bruxelles Mobilité afin de voir les éventuelles améliorations à apporter. "Comme pour chaque accident grave, on analyse le PV de police et on fait une visite de terrain pour faire des recommandations", explique-t-on du côté de Bruxelles Mobilité.