Bruxelles

Un vaste hall lumineux aux murs immaculés décorés sur la droite d’une fresque calligraphiée de Mohamed Ben Hamadi et agrémentés sur la gauche d’une fontaine en zellige de Nouriat Bajat, tous deux artistes bruxellois. Le 17 rue du Poinçon, au cœur de la capitale, à la frontière entre le quartier de la Senne et celui des Marolles, a bien changé. Il abrite désormais un nouveau lieu : l’Espace Magh, Centre culturel maghrébin.

Une longue rampe d’accès mène à la salle de spectacle. La structure brute et froide du béton gris contraste avec la chaleur d’épais rideaux de velours rouge encadrant la scène. Sobre, la salle contient 450 places, disposées sur deux niveaux.

C’est avec beaucoup d’émotion que les autorités de la Ville de Bruxelles et la ministre de la Culture à la Communauté française Fadila Laanan (PS) ont inauguré hier ce nouvel espace dédié à la culture et aux arts. "La création de l’Espace Magh est l’histoire d’un long cheminement", rappelle Yvan Mayeur (PS), président du CPAS de la Ville. Né de la volonté de la minorité maghrébine de Belgique, ce projet artistique aura nécessité "un long processus, de longues réflexions et de longs combats qui aboutissent ce jour à la reconnaissance de cet Autre, de ses spécificités, de la richesse de ses apports", souligne Faouzia Hariche (PS), échevine de l’Instruction publique et de la Jeunesse. "Créer l’Espace Magh à l’emplacement d’une ancienne boîte de nuit qui certains soirs refusait les jeunes d’un certain "faciès" à l’entrée, relève d’un choix politique", affirme Yvan Mayeur. "Celui de permettre à la communauté maghrébine de trouver ici un lieu de rencontres culturelles, où pourront se mener des débats sociaux et politiques, un lieu de mémoire aussi après plus de 40 ans d’histoire d’immigration de travailleurs du Maghreb en Belgique, un lieu d’identité enfin pour ces nombreux jeunes Belges dont les origines des parents doivent être conservées, étudiées et racontées."

Mais, plus encore qu’une reconnaissance de la communauté maghrébine, l’Espace Magh a pour volonté de jeter des ponts entre les rives Nord (l’Europe) et sud (l’Afrique noire) des pays du Maghreb. "Ce lieu, nous le voulons ouvert sur toutes les populations dans un souci de respect et de tolérance. Un lieu porteur des valeurs de laïcité, de mixité, de métissage, hors des communautarismes sclérosés et mortifères", déclare l’artiste Sam Touzani, président de l’Espace Magh.

Trois soirées festives

Ce nouveau centre culturel proposera diverses disciplines et activités : du théâtre, du cinéma, des arts visuels, de la danse, des rencontres littéraires, des conférences, des lectures-spectacles, un café-théâtre, des master-classes, un studio d’artistes, etc. "Le tout s’articulant autour de trois axes principaux : la mémoire (hier), le contemporain (aujourd’hui) et l’artistique (la création)", explique Hamadi, directeur de l’Espace Magh, dont la volonté est aussi de constituer un réseau d’artistes associés, d’institutions associées, d’enseignants associés Le public pourra également profiter d’un café-restaurant, d’une bibliothèque et d’une DVD-thèque ou encore participer à des ateliers artistiques.

Afin de soutenir ce projet, la Ville a prévu une subvention annuelle de fonctionnement pour financer les ateliers artistiques ainsi qu’un budget d’équipement destiné à acquérir du matériel performant et professionnel.

Le public pourra venir goûter à ces nouveaux plaisirs artistiques lors de trois soirées festives d’inauguration les 20, 21 et 22 mars. Les réjouissances démarreront le vendredi 20 mars avec le soliste et compositeur de oud (luth arabe) Abid Bahri qui partagera la soirée avec l’artiste espagnole Amparo Cortès. Le lendemain fera la part belle au large répertoire de la chanteuse haïtienne Marlène Dorcéna. Enfin, ce week-end d’inauguration se clôturera le dimanche 22 mars avec "Origines contrôlées" des frères toulousains Mouss & Hakim, anciens membres du groupe Zebda.

Infos : 02.611.87.48. - Web www.espacemagh.be.