Peter Bate dans son controversé documentaire de la BBC sur Léopold II aura eu beau qualifier ce dernier de génocidaire dans "son" Etat indépendant du Congo, pour bon nombre de Bruxellois et d’amateurs de beaux aménagements urbains en général - dans la capitale mais aussi à Spa, à Ostende, ailleurs encore - le deuxième Roi des Belges aura aussi contribué à embellir son pays natal, comme s’il avait voulu laisser des traces de son règne dans la mémoire collective.

Dans sa biographie consacrée à "Léopold II, le mal-aimé" Ludwig Bauer écrivait qu’"il voulait être pour la Belgique un roi-soleil mais avec deux siècles de retard" rappelant aussi que "Léopold II a dépensé pour ses châteaux plus que nul autre, non point afin d’en jouir mais afin de les créer et de se confirmer à lui-même dans la pierre sa puissance et sa volonté". Un jugement qui s’applique somme toute très bien aussi à l’œuvre de roi-bâtisseur de notre deuxième souverain qui fut aussi présenté, rappelons-le ici, comme "un géant dans un entresol", ledit entresol étant la société belge avec ses "petits esprits", incapables de prendre quelque hauteur

A l’occasion du centenaire de la mort de Léopold II qui sera uniquement marqué ce jeudi par un hommage fleuri à 17 h à la statue équestre de la place du Trône, ce bilan se doit, évidemment, d’être mis aussi dans la balance de l’Histoire même s’il se trouvera l’un ou autre pamphlétaire pour ajouter que tout cela n’aurait pas pu se faire sans l’exploitation de la colonie.

Grâce soit rendue à Thierry Demey, un hyperpassionné de l’architecture bruxelloise auquel l’on doit déjà une douzaine d’ouvrages de références. A l’occasion de l’anniversaire royal, il a consacré tout un guide à "la marque royale de Léopold II sur Bruxelles". Un guide Badeaux dont les amateurs savent qu’ils sont vraiment des écrits de référence sur l’histoire, le patrimoine et les espaces verts de Bruxelles et de ses environs Demey rappelle à juste titre qu’au début du règne de Léopold II, "deux défis urgents se posaient à Bruxelles pour maîtriser sa croissance : il fallait planifier et structurer l’extension des faubourgs et assainir les quartiers centraux qui souffraient d’une urbanisation on ne peut plus anarchique".

Le futur chef de l’Etat y avait déjà pensé, puisque le jour de ses 21 ans, devenu sénateur de droit, il s’en était ouvert devant la Haute assemblée ! Son raisonnement ? "Partout l’embellissement des villes marche de pair avec l’accroissement du bien-être public." Ce devait être son leitmotiv lorsqu’il monta sur le trône. Une philosophie du développement urbain qui fit flèche de tout bois : l’on a bien entendu retenu le travail très "haussmannien" d’aménagement des boulevards, mais leur environnement devait également être valorisé. C’est ce qui explique que tant de monuments civils, de parcs et de squares, de larges avenues arborées ont aussi été imaginés à cette époque.

Thierry Demey s’y est plongé avec passion non sans nous proposer auparavant une synthèse de l’incroyable existence de Léopold II et de ses appétits multiples. Cela donne un guide mais aussi un très beau livre même s’il est en format de poche. Cela n’enlève rien à sa qualité et notamment à la beauté de ses illustrations, photos d’hier et d’aujourd’hui mais également de superbes gravures. Enfin, cela se traduit aussi par sept superbes promenades à faire à pied ou à vélo. Un cadeau idéal pour les monarchophiles comme pour les "bruxello-accros", y compris républicains

"Léopold II. La marque royale sur Bruxelles", Thierry Demey, Guide Badeaux, 608 pp, 38 €