Monsieur et Madame Laforge forment un jeune couple de citoyens français, débarqué il n'y a guère chez nous avec armes et bagages et aussi cinq enfants. Ils eurent l'occasion de se porter acquéreurs d'une des plus belles façades du tout Bruxelles, à savoir celle de l'hôtel Ciamberlani. Nous sommes rue Defacqz, au n°48, à un jet de pierre de l'avenue Louise. Sur onze mètres de façade, trois niveaux plus des combles et des caves hautes, la demeure offre un espace de vie remarquable.

La maison est en cours de restauration dans la totalité de ses espaces. L'Atelier 20 (Patrick De Simpel et Christian Lechien) est en charge du projet de réaffectation familiale. La façade a été inaugurée par le secrétaire d'Etat au patrimoine, Emir Kir, ce 21 novembre. Le bâtiment étant classé, la Région bruxelloise est intervenue dans la restauration des sgraffites. L'ING qui a créé récemment un fonds de restauration du patrimoine architectural est elle aussi intervenue, à travers la Fondation Roi Baudouin et avec le soutien de Prométhéa.

La bâtisse est l'oeuvre de Paul Hankar (1859-1901), né à Frameries dans une famille de carriers ardennais. Hankar est aussi célèbre architecte que le sont Horta, Strauven, Pompe et autres Vandevelde. Hankar construira pour les Ciamberlani, une famille d'artistes, deux autres hôtels et un atelier. Dans la maison qui nous occupe comme souvent dans l'oeuvre limité de ce maître mort très jeune, les conceptions spatiales relèvent de la tradition. Les étages sont basés sur le système des trois pièces en enfilade.

Emblème Art Nouveau

Horta bouleversait les volumes intérieurs. Hankar en préservait la rigueur. Mais au dehors, il n'en allait pas de la même manière et le contraste est d'autant plus fort. À l'image de la maison Saint-Cyr sur le square Ambiorix à Schaerbeek, toute l'inventivité est à front de rue alors que l'intérieur marie les décors de boiseries issus des arts traditionnels anciens. Ici, la maison se distingue par ses deux grandes baies presque circulaires surmontées par une travée de baies accolées. Entre ces éléments lumineux et la toiture se trouvent des décors en sgraffites dessinés par Albert Ciamberlani et posés par Adolphe Crespin. Quarante années de scandaleux laissé faire et d'abandon viennent d'être réparées. Vive le nouvel hôtel Ciamberlani. Comme le signale Claire Fontaine, la restauratrice en charge du dossier, aidée par l'Irpa : "Il a fallu travailler sur de rares documents anciens dont une seule photographie de 1906. La couche picturale et le support étaient manquants et/ou pulvérulents. A partir d'autres oeuvres du peintre, il a été possible de reconstituer le décor et d'approcher les coloris d'origine." Le résultat est une réussite et les scènes mythologiques qui se déploient au centre et sur une galerie de médaillons, rendent leur signification à un édifice naguère encore perdu dans les affres de l'incurie.