Ce qui devrait être un atout se caractérise aussi par une forte dualisation.

La population bruxelloise est la plus jeune de Belgique. En 2015, les jeunes âgés de 12 à 24 ans y représentaient 15 % de l’ensemble. De quoi donner envie de faire une radiographie de cette catégorie de la population de plus en plus nombreuse à Bruxelles mais cela nécessita de faire une synthèse de la noria de travaux portant sur le sujet ! Le Brussels Studies Institute a rassemblé autour de la sociologue Muriel Sacco (l’ULB) une équipe mêlant des chercheurs francophones et néerlandophones.

La note produite, à l’initiative de la Fondation Bernheim en collaboration avec la Fondation Roi Baudouin porte sur près de 200 travaux d’universités, fondations, institutions publiques, associations…

Des acteurs de terrain ont complété les informations récoltées et permis de mieux appréhender les enjeux du travail au sujet des jeunes. Il en est issu un portrait partiel et fragmenté de la jeunesse bruxelloise. A l’image du morcellement des institutions… notamment sur le plan communautaire.

Reste que la note de synthèse permet de dégager quelques constats partagés.

Un : l’importance numérique et la diversité croissante de la jeunesse en Région bruxelloise. Deux : le portrait est assez sombre. En effet, il y a une grande précarité sur le plan de l’éducation, de l’accès à l’emploi, des discriminations, des conditions de logement, de l’accès aux soins de santé…

Plusieurs jeunesses en parallèle

La plupart des études concernent la jeunesse en difficulté ou défavorisée. Il en ressort une très forte dualisation des conditions de vie de la jeunesse bruxelloise.

En réalité, plusieurs jeunesses semblent peupler Bruxelles avec des vies "en parallèle". "Elles se croisent peu dans le système scolaire ou les espaces de loisirs, ne pratiquent pas le même type de mobilité, et n’ont ni le même niveau d’éducation ni les mêmes chances d’accès à l’emploi".

En outre, de nombreuses thématiques mériteraient d’être davantage étudiées. Ainsi on en sait peu sur la vie intime des jeunes, les déterminants du choix du partenaire amoureux, les goûts, les activités et les gestes de la vie quotidienne, ou les pratiques religieuses. Quelques rares analyses articulent la thématique du genre avec les relations sociales au sein de certaines communautés ethniques bruxelloises. La place des activités culturelles et sportives n’est que très partiellement connue.

Impliquer aussi les premiers concernés

Il y a donc pas mal de pain sur la planche. Beaucoup de ces connaissances viennent du canal scolaire. Il faut donc davantage mobiliser d’autres points d’entrée comme les loisirs et les espaces de la recherche d’emploi, de la formation, ainsi que les lieux de travail ou l’espace public. La conclusion coule de source : "il est nécessaire d’appréhender les jeunesses bruxelloises sous un angle plus systémique et innovant, en impliquant les jeunes pleinement dans la démarche".


Ni à l’école, ni en formation, ni au travail

Les données sur l’accès des jeunes au marché du travail exposées dans la note sont interpellantes. On y apprend que si moins de 30 % des jeunes Bruxellois de 15 à 24 ans sont effectivement présents sur le marché de l’emploi, ils sont particulièrement sujets au chômage. Ils cumulent souvent plusieurs désavantages : sans diplôme, issu de l’immigration, vivant dans des quartiers précarisés, avec des parents eux-mêmes sans emploi. En 2014, le taux de chômage des jeunes actifs de 15 à 24 ans était de 39,5 %. Puis une nouvelle catégorie de jeunes émerge : les NEETs (Neither in employment nor in education and training) des jeunes qui ne sont ni à l’école, ni en formation, ni au travail.

La géographie du taux de chômage montre une forte opposition centre-périphérie, avec des proportions très élevées de jeunes inscrits au chômage dans les espaces défavorisés du croissant pauvre (48 % à Saint-Josse contre 26,7 % à Woluwe-St-Pierre en 2012, par exemple). Ce taux élevé s’explique par le déficit de formation, de qualification et de connaissances des langues étrangères mais cela occulte l’insuffisance du nombre d’emplois disponibles et n’explique pas pourquoi à qualification égale les jeunes du croissant pauvre ont un taux de chômage plus élevé.

Moins d’allocations de chômage, plus d’aides sociales

Il y a donc un phénomène d’inégalité d’accès à l’emploi et de discrimination à l’embauche. La faible expérience professionnelle est pointée tout comme le manque de reconnaissance par les employeurs des compétences non attestées par des diplômes. Le phénomène de déqualification, par lequel des jeunes qualifiés, subissant eux aussi une certaine compétition dans la recherche d’un emploi, acceptent des emplois pour lesquels ils sont surqualifiés, renforce ces processus. Vu la restriction croissante du droit aux allocations de chômage, les jeunes sont de plus en plus nombreux à recourir à l’aide sociale. La part de jeunes recevant une allocation d’aide sociale est d’ailleurs particulièrement élevée par rapport aux personnes relevant d’autres tranches d’âge. 


--> "Note de synthèse BSI. Jeunesses bruxelloises : entre diversité et précarité" à lire dès ce lundi sur www.brusselsstudies.be