En roue libre, la convention Villo ? C’est ce qu’affirme Inter-Environnement Bruxelles qui démonte, rayon par rayon, l’accord passé entre JCDecaux, le concessionnaire des vélos libre-service et la Région bruxelloise. Une convention, "toujours pas approuvée" par le Parlement bruxellois et donc "illégale" selon l’association qui s’étonne que sur les 200 stations attendues à cette date, seules 85 aient vu le jour.

Rétroactes. C’est en 2008 que la Région se lance dans l’aventure des vélos en libre-service, après avoir signé une convention avec le leader mondial du mobilier urbain et l’un des poids lourds de l’affichage grand format, JCDecaux. D’après l’accord, le déploiement doit se faire en deux phases : 2500 vélos en libre-service (VLS) répartis sur 200 stations sur les communes du centre dans un premier temps. Un dispositif "susceptible" de s’étendre, au terme de 4 ans, avec la mise en place de 2 500 vélos supplémentaires en seconde couronne de la Région. Le texte est resté dans le secret le plus total et négocié sans aucune concertation avec les communes, explique IEB : "Les termes du contrat sont entachés d’un tel flou qu’il laisse les coudées franches à l’opérateur publicitaire." A l’époque, la Région n’a pas droit à l’erreur. L’échec retentissant de Cyclocity, mené par la Ville de Bruxelles, est encore dans tous les esprits. Pour que le nouveau projet, dénommé "Villo" réussisse, il faut voir à plus grande échelle et assurer un "maillage complet" de la Région, soit une station Villo au moins tous les 400 m sur l’ensemble du territoire.

Des investissements lourds que la Région ne veut pas prendre en charge. Elle fait donc appel au privé et à JCDecaux qui remporte le marché. Le deal est clair : le financement de Villo se fera par la publicité. Le ver est dans le fruit, selon IEB, puisque "le gouvernement confie la promotion d’un mode de transport à une entreprise dont l’activité principale n’a rien à voir avec l’objet du contracté". La fourniture et l’entretien des vélos ne seraient même pour l’annonceur, toujours d’après l’ASBL, qu’" un alibi en vue d’obtenir une position stratégique dans l’espace public". "Vu la voracité du partenaire", on assiste dès lors à un envahissement de l’espace public par la publicité."

IEB calcule que près de 1500 m2 de publicité sont nécessaires au financement des 200 premières stations. Au grand dam des communes (voir ci-dessous) appelées à placer ces publicités parfois près des stations, parfois dans des endroits totalement éloignés. "Compensation oblige."

Car avec Villo, "la volonté de JCDecaux est de mettre un terme dès que possible aux contrats liant les communes aux concurrents de la société" , poursuit l’association. Le concessionnaire chercherait ainsi davantage à placer ces stations à des endroits à "visibilité publicitaire intéressante", plutôt qu’à d’autres, moins attractifs à ce point de vue. "A Jette, les stations sont restées vides. Motifs invoqués par JCDecaux : la non-couverture du territoire de Molenbeek qui crée un trou dans le maillage", écrit IEB.

Car l’affaire doit rester rentable. "A Paris, Decaux a dû élever le niveau de son offre de 8000 vélos à 20600 vélos pour emporter le marché que lui disputait son concurrent. En signant ce genre d’engagement, la société est condamnée à trouver un moyen de se refaire, soit en comprimant ses coûts (NdlR : IEB rappelle que JCDecaux fait fabriquer ses vélos en Hongrie par des ouvriers payés deux euros l’heure) , soit en négociant des avenants au plus vite".

Ce "marchandage" se fait sur des parties "non écrites " ou "floues" du contrat : à Lyon, la municipalité a accepté une augmentation substantielle des tarifs et autorisé une baisse de vélos en service (de 4000 à 3700). Avec effet immédiat, puisque le nombre d’abonnés est passé en un an de 60 00 à 40 000. La crainte d’IEB est que ce scénario se déroule à Bruxelles.

Pour l’ASBL, la Région s’est trouvée devant deux choix : récolter les taxes financières pour financer un dispositif dont elle gardait la maîtrise comme à Strasbourg ou à La Rochelle, ou déléguer le tout à un afficheur publicitaire, comme à Paris ou à Lyon. D’après IEB, pas de doute, la Région a choisi la mauvaise roue.