Pour l'échevine Ans Persoons, l'accord entre l'UE et les quatre plateformes d'hébergement est largement insuffisant.

La semaine passée, la Commission européenne annonçait avoir signé un accord qualifié d’"historique " avec les quatre plus grandes plateformes d’hébergement de la planète : Airbnb, Booking.com, Expedia Group et Tripadvisor. Cet accord impose à ces plateformes de fournir des données sur les hébergements de courte durée à Eurostat, l’institut européen des statistiques. Quelles données ? Le nombre de nuits réservées dans chaque grande ville et le nombre de clients. Dans un deuxième temps, ces plateformes donneront le nombre de lits disponibles par hébergement.

Plusieurs grandes villes européennes sont montées au créneau pour dénoncer la faiblesse de cet accord, dont la Ville de Bruxelles. Pour l’échevine en charge de l’Urbanisme Ans Persoons (one.brussels), "il ne s’agit absolument pas d’une avancée importante", regrette-t-elle. "Ce n’est pas du tout suffisant. Nous avons surtout besoin de moyens d’action et d’un cadre légal suffisamment contraignant. Nous avons besoin des noms, adresses des propriétaires exploitants et le nombre de nuitées. Or, avec cet accord, les données seront anonymisées. Ces plateformes ne sont pas prêtes à donner ces informations ", déplore encore Ans Persoons. "Elles tiennent à ce que leurs clients restent anonymes."

À l’heure actuelle, la Ville de Bruxelles chasse les hébergeurs touristiques illégaux sur base des plaintes reçues. "Une fois que nous soupçonnons une personne qui fait du Airbnb, on cherche l’adresse exacte, le propriétaire, etc. C’est un travail énorme. Si on avait une liste précise, on pourrait assurer un suivi systématique." Bruxelles-Ville dispose de cinq agents de contrôle urbanistique, deux seront prochainement engagés. Cela reste insuffisant pour faire face aux quelque 2 200 biens en location sur Airbnb situés sur le territoire de la Ville de Bruxelles.

Cette dernière bénéficie également des demandes des exploitants. Depuis l’entrée en vigueur de l’ordonnance régionale régulant ce marché (en vigueur depuis 2016), la Ville a reçu 700 demandes d’attestation de sécurité incendie et de conformité urbanistique. Délivrés par les communes, ces deux documents sont indispensables pour ouvrir un hébergement touristique. "Nous en avons refusé 500" , précise l’échevine bruxelloise. "Dans la très grande majorité des cas, le bien est originellement affecté à du logement. Pour le transformer en hébergement touristique, en Horeca, etc., il faut un permis d’urbanisme. Que nous ne délivrons pas car on ne supprime pas de logements."