Le quartier européen est un quartier formidable !", s’exclame Sim Kallas, commissaire européen en charge de l’Administration. Mais avec 3,4 millions de m2 de bureaux, dont 50 pc occupés par l’Union européenne et les organismes afférents, "il y a peu d’espaces de vie, d’espaces verts et de visibilité de la Commission européenne", regrette-t-il.

Pas de doute : cette institution se sent définitivement trop à l’étroit. C’est pourquoi, l’année dernière, la Région bruxelloise a lancé, en collaboration avec la Commission européenne et la Ville de Bruxelles, un concours d’urbanisme pour réaménager le quartier européen, et visant, plus particulièrement, "la définition d’une forme urbaine pour la rue de la Loi et ses abords (NdlR : le périmètre s’étend entre les stations de métro Art-Loi et Maelbeek)". Pour rappel, ce concours d’urbanisme s’inscrit dans le schéma directeur du quartier européen, approuvé en mai 2008 par le gouvernement bruxellois.

"Le programme de ce concours a été conçu pour être le catalyseur du redéveloppement du quartier européen, à savoir lancer le mouvement qui doit conduire à ce que le quartier européen soit à la fois le premier pôle d’emplois européens et internationaux de Bruxelles, un pôle de résidence diversifié et un centre d’activités culturelles, de sports et de loisirs accessibles à tous", indique le ministre-président bruxellois Charles Picqué (PS). Mais surtout, "il doit faire basculer le quartier européen d’une zone monofonctionnelle en un quartier mixte et exemplaire en matière de développement durable".

Quel est ce programme ? Il consiste à doubler le nombre de m2 admissible sur les deux berges de la rue de la Loi en s’appuyant sur le réseau de transports publics. Il porte ainsi de 170000 m2 actuellement à 400000 m2 la superficie de bureaux pour la Commission européenne; et exige 110000 m2 de logements et 60000 m2 de commerces et d’équipements de proximité.

Deux alignements

Au total, 35 candidats ont répondu à l’appel européen. Cinq participants ont été sélectionnés dans un premier temps. Le nom du lauréat final a été dévoilé hier. Il s’agit de l’équipe internationale et pluridisciplinaire de Christian de Portzamparc (France), Jacques Wirtz (Belgique), Coteba Belgique et OVE ARUP (Royaume-Uni).

La forme urbaine qu’ils proposent repose ainsi sur "une transformation de la rue de la Loi en passant d’une rue corridor à une rue ouverte", résume Charles Picqué. Pour ce faire, l’équipe soumet trois propositions. Primo, restituer la perspective de la rue de la Loi dans son sens historique, soit depuis le parlement vers les arcades du Cinquantenaire. Une entrée magistrale serait édifiée au croisement de la Petite ceinture et de la rue de la Loi avec la création de nouvelles places publiques avant d’aboutir sur un bâtiment symbolique fort exprimant la présence de la Commission européenne sur l’îlot 130.

Deuzio, créer deux alignements de part et d’autre de la rue de la Loi en fonction de trois hauteurs de bâtiments. Un premier alignement se ferait sur celui du front bâti actuel, permettant des bâtiments bas (8 à 16 m) et moyens (55 m). Le second alignement prendrait comme repère l’avenue de Tervueren. Les bâtiments seraient construits en retrait de 20 m : certains pourraient atteindre 80 à 100 m et d’autres jusque 200 m. Tertio, créer une rue ouverte avec des espaces publics tout au long de la rue.

En matière de mobilité, le projet, souvent évoqué, d’enfouir le trafic automobile dans la rue de la Loi disparaît, au grand soulagement de Charles Picqué qui souligne que "cela aurait occupé le plus grand poste financier (environ 20 millions d’euros)". L’idée proposée - "qui mérite une réflexion supplémentaire", dixit le ministre-président - consiste à créer une bande de circulation dans chaque sens avec la mise en site propre engazonné d’un transport public de surface qui pourrait tourner en boucle dans le quartier de la rue de la Loi.

Pour Charles Picqué, l’une des qualités du projet est "qu’il peut être conçu dans le temps". "Il peut évoluer de manière à ne pas faire de ce quartier un immense chantier qui bloque et traumatise ses habitants et usagers". Le réaménagement du quartier "s’étalera sur un minimum de 15 à 20 ans", précise-t-il.

Dans un calendrier plus proche, le lauréat devra rendre pour l’automne une esquisse approfondie. Le Plan particulier d’affectation du sol (PPAS) devra être rédigé d’ici 2011. Les premiers bâtiments devraient sortir de terre pour la mi-2011.

Enfin, une exposition réunissant les cinq projets pré-sélectionnés sera organisée pendant cet été.