Bruxelles

Cardiaques s’abstenir. La saga de cet été "les pavés et platanes de l’Avenue du Port" est décidément pleine de rebondissements. Alors que la ministre des Travaux publics Brigitte Grouwels (CD&V) pensait pouvoir commencer, dès ce mardi à l’aube, les travaux de son projet controversé de réaménagement (voir nos éditions précédentes) et que les riverains s’apprêtaient, eux, à camper dans le froid pour sauvegarder les platanes et les pavés, voici que la justice sortait, in extremis, du bois.

Vers 19h30, le substitut du procureur du Roi venait ainsi interrompre les préparatifs des travaux devant des riverains et associations, qui avaient déposé une plainte quelques heures plus tôt. Motif de cet arrêt ? Le permis délivré par la Région bruxelloise est tout simplement illégal, "parce qu’il n’a pas été précédé d’un rapport d’incidences, parce qu’il prévoit l’aménagement d’un caniveau technique qui n’était pas dans la demande de permis et enfin parce qu’il n’est pas assez motivé".

Rappelons que ce permis avait été délivré sous la précédente législature. Cette intervention de la justice sonne comme une victoire pour les riverains, dont l’objectif est d’au moins tenir jusqu’au 9 octobre, date à laquelle ledit permis, illégal ou non, expire de toute façon si les travaux n’ont pas démarré. Les trois ministres (Doulkeridis, Huytebroeck et Kir) ouvertement opposés au projet et qui avaient été mis sur la touche lors du dernier conseil du gouvernement bruxellois, en ont aussi profité pour s’engouffrer dans la brèche.

Emir Kir (PS) a envoyé, illico presto, un expert vérifier les informations du Parquet, tandis que les deux élus Ecolo ont rappelé leur désir de revoir le projet. Quant à Brigitte Grouwels, elle persiste et fait feu de tout bois. Selon elle, les riverains pratiquent la "désinformation" et l’action judiciaire de lundi soir "n’a rien à voir" avec les platanes, les pavés ou encore le Bilc (le centre logistique abandonné). "Les opposants de ce projet aiment "oublier" que de nouveaux arbres remplaceront les platanes. Une précédente étude prouve d’ailleurs que ceux-ci sont nombreux à être dans un mauvais état et sont condamnés à disparaître sur le court terme (5 à 10 ans)".

Des propos qu’infirme, du moins partiellement, une autre étude évoquée par Emir Kir (voir LLB 26/08). Les prochaines réunions au gouvernement ne devraient pas manquer de piment, suite à ce nouveau pavé dans la mare lancé par le Parquet. Une tuile dont le gouvernement Picqué - qui vantait encore récemment sa cohésion - se serait bien passé.

Pour l’heure, le ministre-Président en appelle à "des déclarations nuancées" de ses ministres pour éviter de se retrouver dans des "difficultés internes". Charles Picqué a concédé à l’agence Belga que la situation actuelle "fait un peu désordre". "C’est un dossier difficile parce qu’il est évoqué à un moment tardif, après la délivrance du permis d’urbanisme et le passage de la commande". Rendez-vous au prochain épisode.