Bruxelles Des associations menacent d’introduire de nouveaux recours.

Tant qu’une étude d’incidence correcte ne sera pas réalisée, nous continuerons à introduire des recours." Valérie Berckmans, venue représenter 130 commerçants bruxellois ce mercredi lors de la commission de concertation sur le piétonnier, n’a pas caché ses intentions aux autorités communales, régionales et fédérales.

Cela fait maintenant près de deux ans que les boulevards du centre ont été fermés à la circulation automobile et pourtant, les travaux de réaménagement en tant que tels n’ont toujours pas démarré. Prévus initialement pour avril 2016, ceux-ci pourraient encore être repoussés de deux ans.

Problème de mobilité

Durant la commission de concertation, des dizaines de personnes se sont exprimées sur les problèmes de mobilité alors que la réunion portait, en théorie, exclusivement sur les aménagements. Sans surprise, la mobilité reste la raison principale du blocage de nombreux riverains et commerçants sur le sujet. "Il n’y a jamais eu de débat ni de réunion sur les questions de mobilité. Ces commissions de concertation sont donc les seuls moments où nous pouvons nous exprimer là-dessus", déplore Jean-Michel Bleus, chargé de mission à l’Arau.

En excluant les citoyens du débat, la Ville de Bruxelles s’est attirée quelques ennemis. "Ce dossier a été mal emmanché. C’est devenu une espèce de combat mené par toutes les personnes qui se sont senties maltraitées par Yvan Mayeur (le bourgmestre socialiste, NdlR) et qui désormais prennent leur revanche. Il y a de grands risques que le projet n’aboutisse pas mais cela dépend des recours éventuellement déposés et de Beliris", commente Marie Nagy (Ecolo), conseillère communale à la Ville.

En effet, c’est Beliris, le maître d’ouvrage, qui décidera de démarrer ou non les travaux d’aménagement en cas de recours. Et le porte-parole de Didier Reynders (MR), ministre en charge de Beliris, ne laisse aucun doute planer. "Si des recours sont introduits, la situation sera la même que la dernière fois", commente David Maréchal. Ce qui signifie donc que Beliris ne prendra pas le risque de donner les premiers coups de pelle tant que des recours sont pendants.

Une attente qui risque d’être interminable puisque les associations de commerçants et de riverains sont loin de baisser les bras. À l’instar de Valérie Berckmans, les ASBL Inter Environnement Bruxelles et Platform Pentagone envisagent déjà de nouveaux recours si les permis venaient à être délivrés. "A priori, si rien ne change dans le dossier, nous continuerons à déposer des recours. Ce n’est pas par plaisir de retarder les travaux mais ce projet a des incidences insupportables pour les habitants", soutient Isabelle Marchal, porte-parole de Platform Pentagone.

Campagne de dissuasion

Certains échevins ont récemment été à la rencontre de commerçants pour les dissuader d’introduire un recours. Une campagne qui n’a visiblement pas porté ses fruits…

A titre comparatif, les premiers permis avaient été déposés fin 2015. Délivrés au mois de janvier 2016, ceux-ci avaient été rapidement retirés en juin de la même année suite à un avis négatif remis par l’auditeur. Les nouveaux permis avaient ensuite été redéposés près d’un an plus tard, en mars dernier. Si la même situation venait à se reproduire, cela voudrait dire que le piétonnier ne serait pas entièrement réaménagé avant les prochaines élections communales de… 2018.

Même du côté de la Ville de Bruxelles, on prend conscience de la gravité de la situation. "Dans le meilleur des cas, une phase, voire peut-être deux, du chantier seront terminées dans les temps. Il est vrai que les recours peuvent retarder gravement les travaux et que nous sommes dans une situation délicate. Nous reverrons le timing des travaux en fonction des éventuels recours. Heureusement, les travaux des impétrants ont déjà bien avancés", se console l’échevin de l’Urbanisme Geoffroy Coomans (MR).