Il y a aujourd’hui à Bruxelles de plus en plus de femmes sans-abri. Cette féminisation de la pauvreté reflète une évolution qu’il faut tenter de mieux cerner. La question est au cœur de la nouvelle étude de "Brussels Studies" consultable en ligne dès ce lundi 29 octobre et qui est due à Marjorie Lelubre, chargée de recherche au Relais social de Charleroi et doctorante en sociologie aux Facultés S t- Louis. Comme l’expliquent les responsables des "Brussels Studies", "dans notre capitale, comme dans la plupart des grandes villes européennes, vivre sans abri est la difficile réalité quotidienne de personnes aux profils diversifiés. En raison de la multiplicité des situations rencontrées, de nombreux acteurs publics ou associatifs proposent différents types de prise en charge aux personnes sans-abri. Si la période hivernale est celle où la question est la plus médiatisée, force est de constater que ces acteurs sont aujourd’hui actifs toute l’année et se sont pérennisés et structurés, répondant en cela à une demande croissante".

Cette institutionnalisation et la coordination du secteur de l’aide aux personnes sans-abri permettent aussi de développer une réflexion sur les publics et les pratiques, notamment autour des questions de la présence de jeunes sans-abri, dont des mineurs, et de femmes.

Qu’en a déduit, dans un premier temps, la chercheuse de St-Louis ? Qu’à partir des statistiques de quelques acteurs de l’accueil d’urgence, choisies sans prétention de représentativité pour le secteur pris globalement, mais plutôt pour la dizaine d’années de recul qu’offrent leurs données, l’on peut de fait avancer qu’il y a aujourd’hui à Bruxelles probablement plus de femmes dormant dans les rues ou en hébergement d’urgence qu’il y a 10 ans.

"Elles sont indubitablement plus nombreuses dans certaines structures d’accueil chargées de la prise en charge des personnes sans-abri, suivant ainsi une tendance partagée par leurs compagnons d’infortune masculins. L’augmentation étant toutefois plus nette en nombre absolu qu’en part relative, la féminisation du sans-abrisme doit être nuancée. Les données chiffrées disponibles, recueillies auprès de différents services, montrent que la présence des fem mes en rue et en structure d’hébergement d’urgence - deux statuts résidentiels correspondant au concept de sans-abri tel que défini dans les textes internationaux - reste faible. Et lorsqu’il y a augmentation du nombre de femmes, comme dans le cas du Samu Social, elle doit être replacée dans un contexte plus large d’une augmentation du phénomène tous sexes confondus".

Et Marjorie Lelubre de rappeler que les données utilisées concernent les personnes fréquentant les services d’aide alors qu’on ne peut ignorer qu’une partie du phénomène échappe à ces données statistiques.

Son étude se conclut par une interrogation sur les raisons pour lesquelles la thématique des femmes sans-abri en est venue à monopoliser de nombreux discours publics. Selon l’auteure, l’image de la femme elle-même pourrait avoir un impact sur la prise en compte du phénomène : abandonner des femmes dans l’espace public la nuit a un coût psychologique tel dans l’inconscient collectif qu’il est de nature à marquer durablement les opérateurs et le grand public dans leur appréciation du phénomène.

Retrouvez le texte sur www.brusselsstudies.be