Bruxelles

On s’en rend compte tous les jours de la semaine : la circulation automobile est un gros rocher dans la chaussure du développement durable de la Région bruxelloise. On sait ce qu’il en coûte à propos de l’utilisation de la voiture individuelle en ville mais on parle moins des nuisances des véhicules de marchandises.

Et pourtant, selon les données récentes, ils sont responsables de 25 % des émissions de CO2, de 33 % des émissions de particules PM2.5 et jusqu’à 41 % des émissions de PM10 émis par les véhicules automobiles circulant dans la capitale. Or, on va vers une forte croissance des flux de marchandises. C’est pourquoi il s’impose aussi d’étudier cet aspect de la mobilité bruxelloise. Cette thématique constitue la livraison d’octobre des Brussels Studies que l’on peut lire en ligne dès ce lundi.

Un premier diagnostic

"L’objectif de l’article est d’abord d’établir un diagnostic du transport de marchandises à Bruxelles , peut-on y lire d’emblée. Les différentes sources disponibles sont ainsi recoupées afin de mieux comprendre les dynamiques du secteur. Ensuite quelques solutions entreprises dans la Région pour améliorer la durabilité des opérations de livraisons sont présentées".

Ses auteurs ? Philippe Lebeau, titulaire d’un Master en sciences de gestion de la Louvain School of Management et d’un master complémentaire en sciences de gestion des transports du CIEM. Il conduit au sein du groupe de recherche MOBI à la Vrije Universiteit Brussel un Prospective Research for Brussels afin d’évaluer l’utilisation de véhicules électriques pour la distribution de marchandises à Bruxelles. Et il a notamment contribué au livre "Mobilité et Logistique à Bruxelles" (2013) en co-signant avec Cathy Macharis un "Etat des lieux et enjeux de la logistique bruxelloise". La Brussels Study est signée par le même duo. Cathy Macharis est docteure en gestion et professeur à la VUB où elle dirige le groupe MOBI. Ses principales publications ont trait à la logistique et à la mobilité durable ainsi qu’aux véhicules électriques. Et comme présidente de la Commission Régionale de Mobilité, elle connaît aussi bien la situation bruxelloise.

"Le transport de marchandises participe aussi aux problèmes d’embouteillages et de qualité de l’air dans la capitale. Et cette contribution devrait s’accroître dans le futur : le Bureau fédéral du Plan a prévu dès 2012 une augmentation en Belgique, entre 2008 et 2030, de 68 % des tonnes-kilomètres parcourues par les marchandises alors que la croissance des passagers-kilomètres devrait être limitée à 20 %. Le secteur de la logistique mérite donc une plus grande attention au sein du débat sur la mobilité."

www.brusselsstudies.be


Une dynamique positive mais on peut faire mieux…

Zoom avant sur les conclusions de Philippe Lebeau et de Cathy Macharis : de fait, les problèmes d’embouteillages et de qualité de l’air médiocre à Bruxelles sont bien connus mais on n’avait pas vraiment pris la mesure de l’impact du transport de marchandises.

"Notre article", expliquent les auteurs, "a permis de placer la logistique bruxelloise au cœur de la problématique de la circulation routière. Nous soulignons que les véhicules de marchandises représentent aujourd’hui 14 % du trafic aux entrées et sorties de la Région, dont une majorité de camionnettes, dont la part est en pleine croissance, réduisant celle des camions et tracteurs de semi-remorques. Même si les poids lourds peuvent créer une gêne plus importante dans la circulation, la préférence pour la camionnette implique toutefois une démultiplication des véhicules de marchandises sur la route."

Une demande toujours croissante

Et ce n’est pas fini puisque "combinée à des prévisions de demande croissante de marchandises et à un rallongement des distances parcourues, l’évolution du parc de véhicules de marchandises utilisés contribuera de plus en plus à la pression sur le réseau routier".

Le transport de marchandises s’impose ainsi dès aujourd’hui comme une problématique à part entière dans le débat sur la mobilité bruxelloise.

"Nous manquons cependant encore de données pour mieux agir sur ce secteur. La problématique du transport de marchandises en camionnettes devrait en particulier être approfondie".

Lebeau et Macharis constatent que la problématique interpelle les responsables politiques. "Bruxelles Mobilité est conscient des enjeux de la logistique urbaine, comme en témoigne le plan transport de marchandises, adopté par la Région en 2013. Certaines tentatives de solution sont déjà en cours de développement. Ainsi plusieurs projets de consolidation des flux sont à l’œuvre et le report modal ainsi que l’utilisation de véhicules plus propres sont encouragés. De nouvelles zones de stationnement sont aussi en test pour régler le problème crucial des opérations de livraison. Cependant, d’autres solutions rencontrent encore des barrières réglementaires comme les livraisons nocturnes, même si des tests en cours d’évaluation permettront d’identifier la compatibilité de ce système logistique avec l’environnement bruxellois".

Et d’en conclure que "l’avancement dans ces différents types de solutions, dont cependant aucune ne porte sensu stricto sur la demande, montre une dynamique positive en Région de Bruxelles-Capitale. Mais de nombreuses étapes doivent encore être accomplies pour une implémentation globale, à commencer par la coopération inter-régionale sur le sujet".