L’émotion et la tension étaient palpables ce mercredi vers 15h sur la place du Nord à Saint-Josse, juste en face du commissariat où Ibrahima, un jeune guinéen de 23 ans, a trouvé la mort samedi dernier.

Sous les slogans "justice pour Ibrahima" et "police assassin", environ 500 personnes, selon la police, se sont rassemblées pour crier leur injustice et demander que clarté soit faite sur cette affaire. La manifestation avait été autorisée par le bourgmestre de Saint-Josse Emir Kir, et un nombre très important de personnes étaient présentes pour accompagner les proches d’Ibrahima dans leur deuil.

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Pour rappel, des policiers de la zone de police Bruxelles-Nord ont procédé, samedi peu avant 19h00, au contrôle d'un groupe de personnes rassemblées place du Nord, près de la gare du Nord, en raison des mesures sanitaires. Le jeune homme de 23 ans filmait l'intervention de police avec son smartphone quand des policiers ont voulu procéder à son contrôle. "Il a alors pris peur et a pris la fuite", a expliqué l’avocat de la famille Alexis De Swaef, présent à la manifestation.

Ibrahima a ensuite été interpellé par la police. Il a été privé de sa liberté et a été emmené au commissariat pour y être entendu. Lors de son arrivée au commissariat, il a perdu connaissance. Les policiers présents ont fait appel aux services de secours. Une ambulance et un Smur (Service mobile d'Urgence et de Réanimation) ont été mobilisés sur place. I.B. a été emmené par les services de secours, avant de décéder à l'hôpital à 20h22. Le Comité P est descendu sur place. Une autopsie et une analyse toxicologique ont été demandées pour établir la cause de sa mort.

Alpha Oumar est un ami d’enfance d’Ibrahima. "Je tenais à être présent pour demander que justice soit faite dans cette affaire. C’était mon ami d’enfance. Les explications de la police ne sont pas claires. Pourquoi avoir attendu 6h pour prévenir la famille que leur fils était décédé alors qu’ils ont tous les moyens à disposition pour connaitre l’identité du défunt ? Je suis choqué et outré", explique le jeune de 21 ans.

Il décrit Ibrahima comme étant "une personne en or." "Je l’ai rencontré à l’athénée royal Da Vinci à Anderlecht. On habitait le même quartier, on jouait au football ensemble. C’était une personne toujours souriante. Il était toujours présent pour les autres dans les bons comme les mauvais moments. Il prenait le souci des autres avant ses problèmes. C’est une perte énorme pour nous."

Son ami Mohamed, 23 ans, ne dit pas autre chose. "Ibrahima est victime d’injustice et la moindre des choses était de venir aujourd’hui pour crier notre colère et notre frustration. C’était un ami à moi, un gars bien, cool, et c'est pas normal qu’il soit parti comme ça. Ca me blesse terriblement. On va essayer de faire ce qu’on peut et on espère avoir la vérité."

Sur place, l’ambiance était tendue. Quelques policiers restaient à distance pour encadrer la manifestation sous les slogans "police assassin" et "justice pour Ibrahima et tous les autres."

Certaines personnes ont lancé des projectiles en direction des forces de l'ordre. "La manifestation s'est déroulé en premier lieu dans le calme. Le service d'ordre interne était présent. Vers 16h, il y a eu un moment de foule qui a mené à des dégradations de mobilier urbain et deux véhicules de police. Le calme est revenu par la suite. Il n'y a pas eu d'arrestation", explique la porte-parole de la zone Bruxelles Nord.

Le dossier mis à l'instruction pour homicide involontaire

Le parquet de Bruxelles a requis mercredi la désignation d'un juge d'instruction afin de poursuivre l'enquête sur le décès du jeune I.B. (23 ans), survenu samedi soir à la suite de son interpellation par la police, pour homicide involontaire, a indiqué mercredi le parquet de Bruxelles.

Des membres de la famille de la victime et leur avocat ont été reçus mercredi matin par le procureur du roi de Bruxelles pour répondre à leurs premières questions sur l'affaire. Cette rencontre visait également à "leur garantir que tous les moyens sont et seront mis en œuvre pour faire la lumière sur ce qu'il s'est passé", a précisé le parquet de Bruxelles dans son communiqué. Une instruction judiciaire est en cours. Le parquet a également demandé de saisir et d'analyser toutes les images de vidéo-surveillance, tant au commissariat que sur les lieux de l'interpellation.