Dimanche 14 heures, dernier service dans la brasserie Couleur Café, dans la galerie Toison d’or à Ixelles. "La larme à l’œil", lâche Alain Gagnaire, le patron. La fermeture des cafés et restaurants pendant un mois à partir de demain lundi 19 octobre hérisse le poil de beaucoup de restaurateurs. "Nous avons déjà un genou à terre", s’insurge le restaurateur bruxellois.

À Bruxelles, une vingtaine de restaurateurs "et pas des moindres" sont bien décidés à ne pas se laisser faire. Les restaurateurs réfléchissent à une contre-attaque. "Il y a effectivement une démarche qui est en train de prendre forme, indique Alain Gagnaire, le porte-parole du groupe des 20 restaurateurs bruxellois. Pour l’instant, nous sommes dans l’expectative. Nous attendons la publication de l’arrêté ministériel qui concerne la fermeture de l’Horeca. Nous verrons le contenu de l’arrêté lui-même et comment sont formulés les attendus. À partir de là, à la lumière du conseil juridique, nous serons en mesure de prendre une décision sur la forme de notre action." Ils pourraient attaquer l’arrêté ministériel au Conseil d’État. Ils ont pris contact avec un avocat mais tant que l’arrêté n’est pas publié, aucune décision n’est prise. "Nous verrons si ça vaut le coup."

Une autre procédure est envisagée. "Nous pensons à préparer quelque chose de plus élaboré. Le gouvernement nous a dit qu’ils allaient réévaluer la situation dans 15 jours. D’ici là, nous allons constituer un dossier béton pour les pousser à revoir leur copie."

Et de poursuivre : "Nous voulons les éléments objectifs qui ont motivé cette mesure de fermeture. Cela n’a pas de sens de fermer les cafés et restaurants. Parmi les foyers de contamination, nous sommes tout en bas de l’échelle après la bulle familiale, l’école et le transport."

Pour Alain Gagnaire, qui s’appuie sur une étude flamande, le transport est un foyer de contaminations beaucoup plus important que les restaurants. "Les gens se grattent le nez ou les yeux avant de remettre leur masque et d’entrer dans la rame. ils tiennent 45 minutes la barre. Celui derrière qui n’est pas contaminé touche la même barre. Mais pour ça on ne fait rien, le gouvernement préfère tourner la tête et fermer l’Horeca. On marche sur la tête."

Le restaurateur ixellois pointe également les rassemblements des jeunes dans les écoles ou à l’université. "On leur a dit qu’ils étaient asymptomatiques donc ils se pensent invulnérables. Mais asymptomatique ne veut pas dire pas contagieux."

Ce dimanche, la plupart des restaurants du pays ont dit au revoir à leurs clients pendant un mois. Au restaurant asiatique L’Impérial, à la périphérie nord de Bruxelles, la restauratrice avait son carnet de réservations plein pour les deux repas dominicaux.

Samedi soir, toutes les tables étaient occupées. Elle a décidé de proposer ses repas à emporter pendant le mois de fermeture. Initiative qu’elle n’avait pas prise lors du confinement au printemps. "C’est pour éviter la casse", précise un habitué.

Le patron de Couleur Café de conclure : "Nous sommes dans une grande détresse et une grande incompréhension face à cette décision."