Une étude analyse les déplacements entre Bruxelles et sa périphérie.

La mobilité à Bruxelles constitue un enjeu de taille, au cœur de nombreuses discussions entre les différents partis politiques. La mobilité entre la capitale et sa périphérie est, elle, d’autant plus épineuse qu’elle concerne l’aire métropolitaine bruxelloise. Cette "zone RER" couvre les trois Régions du pays, toutes compétentes, avec l’État fédéral, en matière de mobilité et d’environnement. Cette complexité institutionnelle explique en partie le manque de données publiques détaillées, comparables et représentatives sur les déplacements à cette échelle métropolitaine. Pour y voir plus clair, Mathieu Strale, docteur en géographie et chercheur à l’ULB, a compilé les données de temps de parcours fournis par Google Maps pour dresser une cartographie précise des temps de parcours autour de Bruxelles, en voiture mais aussi en transports en commun.

Ses cartes montrent de fortes disparités, y compris en périphérie. Il y a, d’une part, des espaces de la périphérie bien connectés, par la route ou les transports publics, situés principalement le long des corridors reliant Bruxelles aux autres villes. Mais, dans d’autres zones, soit plus éloignées et plus rurales, soit - et c’est étonnant - plus proches de Bruxelles, les déplacements en transports en commun sont peu efficaces.

Ce dernier cas de figure, nommé "périphérie automobile proche" par le chercheur, tient notamment à l’absence d’intégration de l’offre de transports en commun et plus largement de stratégie interrégionale de mobilité. "Une grande partie des communes de la première ceinture périphérique autour de Bruxelles présente une mauvaise accessibilité en transports en commun relativement à leur distance à la capitale. En effet, l’offre de trains de la SNCB se concentre sur les liaisons interurbaines. Le temps d’approche à la gare, sauf si on habite à proximité de celle-ci, est aussi plus pénalisant pour les trajets courts. L’offre de bus interurbains compense en partie cette situation, mais au prix de temps de transport assez longs, en raison de la congestion et des arrêts fréquents."

Pour Mathieu Strale , ces résultats suggèrent que "des politiques différentes devraient être mises en œuvre en fonction de l’endroit où l’on se trouve en périphérie". En périphérie proche, l’enjeu est sans doute de mettre en œuvre des solutions pour des déplacements relativement courts. Par exemple de mieux intégrer les dessertes de la Stib et de De Lijn ou des TEC, d’étendre les lignes de la Stib hors de Bruxelles, de développer un réseau performant de dessertes vers Bruxelles. "On pourrait également envisager de créer des parkings de dissuasion proches, dimensionnés pour accueillir une partie des navetteurs et voyageurs pour lesquels aucune alternative n’existe."

Plus loin dans l’aire métropolitaine, il s’agirait plutôt, dans les espaces bien connectés, de renforcer l’offre ferroviaire et de décourager l’usage de la voiture, y compris pour les courts trajets rejoignant les gares, par exemple en développant des services locaux de rabattement. "Pour les lieux moins bien connectés, si la demande est suffisante, on peut envisager des lignes rapides de bus vers les gares principales et des parkings au niveau des gares, afin de réduire au maximum les trajets automobiles jusqu’à la capitale."

Quatre espaces contrastés

Le chercheur distingue quatre types d’espaces. Dans la "périphérie automobile proche", l’usage des transports en commun est faible, malgré une surutilisation des bus interrégionaux. C’est la voiture qui est largement préférée dans cette zone dans laquelle l’impact de la congestion est relativement limité par rapport à la moyenne régionale.

La "périphérie bien connectée" est traversée par des axes ferroviaires et autoroutiers reliant Bruxelles aux autres villes belges. L’usage du chemin de fer y est important.

La "périphérie automobile éloignée" est peu dense et présente quant à elle une desserte réduite en transports publics. L’impact de la congestion est relativement faible, ce qui explique en partie l’usage prépondérant de la voiture par ses habitants.

Enfin, la "périphérie éloignée mal connectée" est caractérisée par une mauvaise accessibilité, tant routière qu’en transports en commun. L’usage du chemin de fer y est fort.