Le MR d’Ixelles n’y va pas de main morte. "Plus aucune autorisation à manifester ne sera accordée dans le quartier Matonge" . Cette petite phrase sonne comme une belle promesse et figure en bonne place dans le programme des bleus en vue des prochaines élections communales. Une proposition qui fait naturellement suite aux heurts qu’a connus le quartier le plus africain de Bruxelles à l’occasion de l’élection présidentielle en République Démocratique du Congo. Rappel utile : en décembre dernier, des émeutes avaient occasionné moult dégâts et plusieurs centaines d’arrestations administratives. Le genre d’événement qui peut faire déborder le vase de riverains qui vivent déjà dans un quartier mouvementé.

Pour autant, une commune - et ses pouvoirs de police reconnus - peut-elle décréter qu’un quartier en particulier ne pourra plus jamais accueillir une manifestation politique ? Il y a fort à parier que non. Droit démocratique de manifester oblige. En tout cas pour un quartier comme Matonge où se poserait en outre un problème évident de discrimination. Le bourgmestre d’Ixelles qui, rappelons-le aussi, dirige une majorité communale PS-MR, est très clair sur ce point. "Je tiens d’abord à rappeler que toute manifestation à caractère revendicatif est déjà interdite à Matonge et ce, depuis les émeutes, explique Willy Decourty (PS). Pour une raison simple : nous jugeons que la situation politique au Congo est toujours instable et donc susceptible de donner lieu à des débordements. Maintenant, cette mesure est bien sûr provisoire. Il ne me viendrait jamais à l’idée de lui donner un caractère définitif ou de mettre cela dans un programme électoral !".

En clair, un bourgmestre, chef de la police, peut parfaitement interdire une manifestation en raison de risques avérés de trouble de l’ordre public. Ce qui semble encore visiblement le cas pour ce quartier de Matonge. "Deux recours ont été introduits au Conseil d’Etat depuis cette interdiction, ils ont tous les deux été rejetés", indique encore Willy Decourty qui ne voit que de l’électoralisme bon marché dans la proposition du MR. Le Conseil d’Etat ne manquerait pas de casser une telle décision, ajoute-t-il.

Pour être complets, signalons qu’il existe bien des parties de la ville où toute manifestation est strictement interdite afin de garantir la sécurité d’institutions officielles. À la Ville de Bruxelles, on l’appelle la "zone neutre", qui comprend les alentours immédiats des institutions comme le Parlement fédéral, le Parlement flamand, les ministères etc. La Grand-place de Bruxelles est également sur cette liste, car située au pied de l’hôtel de Ville. Mais cette zone, par ailleurs déterminée par le règlement communal de police, ne peut en rien être assimilée à un quartier tout entier. Et l’interdiction n’est bien sûr pas liée aux communautés qui y habitent. "Le bourgmestre est avant tout garant de la sécurité publique", insiste-t-on au cabinet du bourgmestre de la Ville de Bruxelles, Freddy Thielemans (PS). C’est au cas par cas qu’on juge si une manifestation peut dégénérer et le cas échéant, la commune se doit de proposer un autre lieu aux organisateurs.

C’est notamment le cas à Ixelles, où toute manifestation est interdite sur la "dalle" du Parlement européen. Pareil événement se déroulant sur la place du Luxembourg, juste en face de l’institution européenne.