La vie a repris son cours normal mercredi à la Porte de Namur. Magasins ouverts, foule sur les trottoirs, bus 71 qui se faufile vaille que vaille dans le trafic On en oublierait presque les scènes d’émeutes qui ont eu lieu ici la veille au soir, les poubelles en feu, les vapeurs de gaz lacrymogène et les lignes de robocops barrant la route à une foule survoltée.

Pas besoin de marcher beaucoup, pourtant, pour trouver des stigmates des évènements de la veille. Témoignent par exemple ces vitrines cassées chaussée d’Ixelles, ou ces morceaux de cartons brûlés qui parsèment encore les trottoirs ci et là, malgré le travail de titan mené par les balayeurs communaux jusque tard dans la nuit.

En arrivant mercredi matin, la gérante du magasin MS Mode a d’ailleurs eu la désagréable surprise de découvrir sa vitrine fracassée par un pavé. "Un monsieur est venu précipitamment hier pour nous dire qu’il fallait fermer", explique-t-elle. "On n’a jamais su qui il était. Mais quand on a quitté le magasin, c’était vraiment le chaos dans la rue." Ce magasin n’est pas le seul, dans la chaussée d’Ixelles, à avoir été pris pour cible par des casseurs. Ailleurs dans le quartier Matonge, les vitrines cassées, et les plaques de liège posées sur les façades se comptent également par dizaines.

A deux pas de la place Saint-Boniface, la vitrine du salon de coiffure de Pauline a complètement volé en éclats quelques jours avant les émeutes. "Ce sont les mêmes qui ont fait ça", dit-elle. "Ils sont passés devant le salon et ils ont vu que j’employais des Rwandais. C’est pour ça qu’ils ont cassé ma vitrine."

Mardi soir, Pauline est restée terrée dans son salon pendant que les émeutiers saccageaient le quartier. "Il y avait des rumeurs qu’ils voulaient mettre le feu. Je n’ai pas osé rentrer chez moi." Il y a bien eu quelques cocktails Molotov et une voiture brûlée dans le quartier. "Mais heureusement les pompiers sont intervenus rapidement", dit-elle. "Depuis quatre ans que je suis ici, c’est la première fois que je vois autant de violence."

La police est partout désormais. En plus des combis qui circulent chargés d’hommes en équipement anti-émeute, des inspecteurs en civil sont postés discrètement dans plusieurs points stratégiques du quartier. "Tout est calme" nous glissent deux d’entre-eux. Il faut dire que le bourgmestre faisant fonction, Bea Diallo (PS), a interdit tout rassemblement de plus de dix personnes. Le bourgmestre qui a rencontré hier après-midi différents représentants des habitants du Matonge afin d’envisager l’organisation d’une vraie manifestation dans les prochains jours. Pacifique, et encadrée par la police cette fois

L’attente des résultats électoraux se fait longue, et la tension est palpable dans la communauté congolaise de Bruxelles. Chaussée de Wavre, au magasin de tissus Béthel, on affiche clairement sa préférence sur la porte d’entrée. Comme les manifestants, c’est Etienne Tshisekedi, "le candidat du peuple", que l’on souhaite voir remporter l’élection. Mais les rumeurs de fraude ne font qu’échauffer les esprits.

C’est le cas de Julie la vendeuse, qui porte un T-Shirt à l’effigie du candidat, et qui n’en finit plus de crier sa colère. "Vous les Belges vous avez enfin un gouvernement. Pourquoi nous Congolais, devrions-nous accepter qu’on nous le confisque ?"