Bruxelles

Un abribus saccagé et des jets de pierres à l’encontre de plusieurs policiers et pompiers : l’intervention sur l’incendie de la boulangerie industrielle "La Wetterenoise" n’est pas passée inaperçue dimanche à Molenbeek Saint-Jean (voir p.7) " Ce ‘caillassage’ par certains jeunes est, hélas, un phénomène qui arrive trop souvent quand la police intervient dans le quartier", explique Salvatore Mulas, directeur de l’ASBL "Les Orangers", un service d’aide en milieu ouvert qui œuvre depuis vingt dans le Quartier maritime. "Nous constatons depuis plusieurs années un rejet croissant de tout ce qui représente l’autorité. Uniformes de policiers ou de pompiers, les jeunes n’ont pas fait la différence."

Selon Salvatore Mulas, l’épisode de dimanche est symptomatique d’un certain malaise dans le quartier. " La police intervenait justement pour encadrer les pompiers et donc protéger la population " Le sujet a longuement été abordé par les huit médiateurs de l’ASBL, qui prend en charge près de 300 mineurs chaque année, via, entre autres, des écoles de devoirs. " L’épisode a fait le tour du quartier, poursuit le directeur. Nous essayons de comprendre, sans cautionner les actions qui proviennent d’un noyau dur de Molenbeek. Notre objectif est justement, d’éloigner nos jeunes de ces véritables hooligans. Un travail ardu car ils peuvent basculer à tout moment."

D’après Salvatore Mulas, la jeunesse du Quartier Maritime a des revendications ( "qui sont simples : celles d’avoir un emploi, une vie comme tout le monde" ), mais se trompe dans la manière et le lieu où les exprimer. " Notre rôle est aussi d’aider à structurer ces revendications." Car la frustration aurait grandi au sein de la population adolescente du Quartier maritime ces dernières années : "Les autorités ont fait des efforts extraordinaires d’un point de vue urbanistique, mais le quartier a régressé d’un point de vue socio-économique" , analyse Salvatore Mulas.

Ainsi, la plupart des jeunes qui fréquentent l’ASBL sont "fortement déscolarisés". "Or à Bruxelles, on exige des qualifications de plus en plus élevées pour obtenir le moindre travail. Beaucoup d’ados ont l’impression d’être dans une impasse "

Et même si des projets "intéressants" ont vu le jour récemment pour rapprocher jeunes et forces de l’ordre, Salvatore Mulas estime qu’il faut aller plus loin. " Pourquoi ne pas faire accompagner chaque intervention policière d’un service de médiation ? Je sais que cela peut être techniquement difficile à mettre en place, mais on doit pouvoir envisager cette piste pour éviter qu’un épisode comme celui de dimanche ne se reproduise."