Employé d'une entreprise bruxelloise, Omar essaye toujours d'obtenir un droit de séjour permanent pour pouvoir rester en Belgique.

Étroitement nichée entre deux magasins de l’avenue Louise, l’entrée de Waeg passerait presque inaperçue. L’agence belge de consultance en transformation digitale a pourtant bien ses bureaux dans le centre de la capitale. A l’image de celle-ci, son équipe est très diversifiée : 17 nationalités s’y côtoient au quotidien. Parmi les derniers à avoir rejoint l’entreprise, Omar se bat depuis quatre ans pour en obtenir une autre, belge.

Originaire d’Alep, l’homme de 56 ans est ingénieur technique. Pendant longtemps, son métier le conduit en Afrique, notamment au Sénégal. Mais en 2012, la société qui l’emploi ne renouvelle pas son contrat. Privé de revenus, il ne peut retourner dans son pays à cause de la guerre qui y fait rage. "Comme beaucoup de Syriens, j’ai tourné mon espoir vers l’Europe."

Seul, il arrive à Bruxelles en décembre 2014. "La première chose que j’ai faite, après avoir introduit ma demande d’asile, c’est prendre des cours de français." Pour survivre, il accepte de petits boulots aux Abattoirs et devient bénévole à la Plateforme citoyenne. "Quand j'ai atteint le niveau 4, je me suis dit 'ça y est, je parle français!' donc je peux commencer à chercher du travail." Face à sa motivation et à son engagement, une connaissance parle de lui à Waeg, proposant à l'entreprise de l'embaucher. "Notre première rencontre avec Omar s'est très bien déroulée. Le fait qu'il parle français et soit titulaire d'un diplôme d'ingénieur ont largement joué en sa faveur", explique Chris Timmerman.

Au fond à droite, Omar pose avec ses collègues au restaurant.
Au fond à droite, Omar pose avec ses collègues au restaurant. © D.R.

Un an et demi plus tard, le patron de la boîte ne tarit pas d'éloges à son égard. "Son sourire, sa bonne humeur et son humour apportent beaucoup à l'équipe. Avec ses connaissances, il répare l'imprimante sans problème et veille au bon fonctionnement de tout l'aspect technique du métier." Son diplôme n'étant pas reconnu en Belgique, c'est en effet un poste d'employé logistique qu'occupe Omar au sein de l'entreprise.

"C'est quelque chose qu'on doit accepter, en tant que réfugié, surtout à mon âge : je préfère travailler à un poste moins important ou en dehors de son domaine d'expertise que ne pas travailler du tout." Au sein de la communauté syrienne à Bruxelles, c'est en tout cas un principe qui semble bien ancré : "Tous les Syriens que je connais ont appris l'une des langues nationales et trouvé un travail."

De son côté, il entend bien rester chez Waeg jusqu'à sa retraite, même si un temps d'adaptation lui a d'abord été nécessaire : "A la Plateforme citoyenne, j'étais entouré de Syriens et aux Abattoirs, je voyais beaucoup d'Arabes donc je savais comment me comporter. Mais chez Waeg, je me suis retrouvé face à la culture européenne, que je ne connaissais pas. Mais ça m'a appris beaucoup donc aujourd'hui, je n'ai pas envie de changer."

Le changement, c'est au sein de la société civile qu'il faut l'opérer, estime Chris Timmerman. "L'immigration n'est pas un problème, c'est une opportunité. Puisque les politiques ont du mal à adresser cet enjeu, on propose aux dirigeants d'entreprise de le prendre en mains. Si chaque boîte embauche un réfugié, le problème est vite réglé."