Nouvel exercice d’objectivation de l’impact du piétonnier bruxellois sur le tissu commercial du centre. Aujourd’hui, c’est Atrium, organe régional de soutien au commerce, qui sort de sa boîte pour livrer une batterie de chiffres. Constat principal : le piétonnier bruxellois est globalement mal perçu par les commerçants qui sont nombreux à se plaindre d’un tassement de leur chiffre d’affaires. 42,1 % des 233 commerçants interrogés par Atrium estiment que le piétonnier a occasionné une baisse de fréquentation. Alors que 40,8 % estiment que l’impact du piétonnier est neutre, seuls 12,4 % déclarent constater une évolution positive en termes de fréquentation.

Le tableau ci-contre permet d’établir qu’une majorité de commerçants estiment que l’implémentation du piétonnier a eu un effet neutre ou négatif sur leur chiffre d’affaires. Sans surprise, la proportion de clientèle qui avait l’habitude de se rendre en voiture dans le centre-ville pour y effectuer ses achats a baissé de 18 à 11 %.

Ces chiffres présentés hier par Atrium et Didier Gosuin (FDF), ministre régional en charge du Commerce, avaient visiblement aussi pour vocation de replacer la Région bruxelloise dans le débat. Didier Gosuin a en effet déploré le fait que la Ville de Bruxelles "a mis la charrue avant les bœufs" avec un piétonnier qui ne fut pas accompagné par un plan stratégique pour le commerce. "Parmi les commerçants, de plus en plus sont hostiles au projet, a-t-il dit en citant le recours introduit par plusieurs dizaines de commerçants et les plaintes de l’hôtel Métropole. "Nous souhaitons revenir au dialogue", dans un projet qui souffre d’un "déficit d’appropriation", dit Didier Gosuin, mouchant le cavalier seul de la Ville dans ce dossier.

La Ville ironise

Atrium et la Région se proposent d’aider la Ville de Bruxelles et avancent une série de recommandations. Il s’agirait pour la Ville de s’associer à Atrium, d’améliorer la signalétique dans le piétonnier, de désigner une personne, voire une équipe, chargée de l’information aux usagers, d’organiser des animations socio-culturelles, de renouveler le mobilier urbain, etc.

Du côté de la Ville, on accueille la démarche avec une pointe d’ironie. "Cette liste de recommandations est une belle copie de celle que j’ai présentée au conseil communal mais je ne réclamerai pas de copyright", confie Marion Lemesre (MR), échevine du Commerce à la Ville de Bruxelles.

Elle rappelle que la Ville est occupée à préparer un plan global pour le commerce du centre-ville en se montrant ouverte à une collaboration avec la Région. "Nous demandons notamment une cohérence dans le ramassage des immondices dans le centre-ville mais également en matière de mobilité alors que le ministre Smet n’a toujours pas mis en place la signalétique qui guide le visiteur vers les parkings", estime-elle. L’échevine signale à Didier Gosuin qu’Atrium a assisté à de nombreuses réunions préparatoires à la mise en place du piétonnier. Et de s’étonner que cette même agence ait réclamé"300 000 euros à la Ville" pour encadrer la politique commerciale au moment du chantier de réaménagement du centre-ville. "Nous pouvons tout aussi bien faire appel à un bureau spécialisé qui sera plus compétent qu’Atrium", dit-elle.

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