Bruxelles

Alors que l’opposition contre le projet d’un parking souterrain sous la place du Jeu de Balle fait rage, les défenseurs de la plus célèbre place des Marolles ont peut-être trouvé une parade pour mettre des bâtons dans les roues des autorités. Ils exigent que le bunker antiaérien qui se situe sous les pavés de la place soit classé.

Très peu de Bruxellois le savent : un abri construit lors de la Seconde Guerre mondiale pour protéger les habitants des bombardements aériens se trouve toujours sous les pavés. En 1995, l’échevin des Travaux publics, Michel Van Roye (Ecolo), était descendu sur les lieux. Si les boiseries étaient pourries, le reste était en revanche en très bon état, avait-il assuré à l’époque.

Un parking intégrant le vestige?

Alors qu’il avait été question, en 1998, de rendre le bunker accessible au public afin d’en faire un complément au musée de la Résistance au Cinquantenaire, celui-ci a été complètement fermé. Mais s’il s’avère finalement que l’abri représente un quelconque intérêt patrimonial, il pourra bel et bien mettre à mal le projet de parking, par ailleurs jugé inutile par ses détracteurs.

L’échevine bruxelloise de la Mobilité Els Ampe (Open VLD) estime pour sa part que l’argument patrimonial est utilisé abusivement. "Tout le monde se fiche de ce bunker depuis plus de cinquante ans et maintenant, des citoyens demandent sa conservation parce qu’ils ne veulent pas du parking. Ils se servent de l’argument patrimonial pour mener un autre com bat. C’est hypocrite !" Et de douter de l’intérêt patrimonial du vestige : "Je suis sensible à la conservation du patrimoine, mais dans ce cas-ci j’ai des doutes. La Commission royale des monuments et sites connaît l’existence de ce bunker depuis toujours. Or ils n’ont jamais manifesté d’intérêt", argumente l’édile.

A la Commission royale des monuments et sites (CRMS), on se montre plus prudent : "Ce n’est pas parce que l’on n’en a jamais parlé que cela n’a pas d’intérêt. Quand je suis entré en fonction il y a un an et demi, Michel Van Roye m’a proposé de le visiter. Je dois encore le faire. Avec le bunker de la gare de Schaerbeek et celui sous le théâtre royal du parc, nous avons trois objets patrimoniaux méritant d’être étudiés", indique Thierry Wauters, directeur des monuments et sites.

Ce dernier rejoint cependant l’échevine sur un point : "On instrumentalise le patrimoine pour bloquer un projet, avec le risque que le débat ne perde en qualité et que le patrimoine ne soit perçu, à force, comme un élément empêchant tout projet immobilier. Pourquoi ne pas imaginer un parking qui intégrerait le bunker en le rendant enfin accessible ?"