Coup de bambou pour les riverains et associations opposés au réaménagement de l’avenue du Port : le gouvernement bruxellois a décidé, hier, de maintenir tel quel le projet de B. Grouwels (voir nos éditions précédentes). Adieu donc les 300 platanes et le million de pavés le long de Tour&Taxis. "On n’allait pas faire sauter le gouvernement pour des platanes, précise Charles Picqué (PS), qui explique toutefois que le projet était "important". "Mais les demandes de modifications sont venues trop tard. Remettre en cause le projet, c’était aussi mettre à mal la cohésion au sein du gouvernement. On ne peut pas se le permettre, surtout en cette période délicate".

Les dossiers préparés par Brigitte Grouwels ont aussi largement pesé dans la balance. Deux arguments ont fait mouche : les indemnités et frais supplémentaires en cas d’abandon du projet actuel (4,7 millions d’euros), et le laps de temps pour mettre un nouveau projet en route (3 à 4 ans d’après la ministre). Et si les ministres opposés au projet s’étaient déjà déclarés dans la presse (le socialiste Kir et les deux élus Ecolo Doulkeridis et Huytebroeck), les autres membres du gouvernement ont développé un avis beaucoup plus nuancé sur la question. "Contrairement à ce qui a été écrit, Brigitte Grouwels n’était pas isolée sur le dossier", confie un ministre.

Au final, aucun "consensus" n’a été trouvé pour abandonner le projet et il est donc maintenu, à la grande joie de l’élue CD&V qui en a profité pour régler ses comptes. "Je n’ai pas très bien compris ce revirement de mes collègues dans la presse, alors qu’ils avaient déjà voté ce projet sans broncher, explique Brigitte Grouwels. Ici on a carrément essayé de me prendre le dossier des mains. C’est un peu, disons, particulier " Chacun ses affaires et le gouvernement bruxellois se portera mieux, dixit l’élue CD&V.

La ministre dit, par ailleurs, comprendre "l’émotion" des différents comités et associations, même si elle a aussi rencontré "beaucoup de personnes" qui soutiennent son projet. "Croyez-moi, ce n’est pas amusant d’abattre des arbres, mais nous avons étudié toutes les possibilités techniques, juridiques et financières pour adapter le projet. Mais c’est impossible". Grouwels veut donner "un coup de jeune" au quartier et rappelle que des arbres de 7 mètres de haut seront plantés le long de l’avenue du Port. Mais plus de platanes, "qui représentent déjà 30 % des arbres à Bruxelles", selon la ministre. "Michel Desvigne (NdlR : paysagiste du projet Tour&Taxis qui s’était opposé au réaménagement) aura donc sa ligne verte."

Fuyant le conseil des ministres à vélo, Bruno De Lille (Groen !) se disait "déçu" de cette absence de consensus. "La leçon qu’on doit retenir de cette saga, c’est qu’il faut écouter les riverains plus attentivement et dès l’entame d’un projet." Pour le MR, Brigitte Grouwels a réussi à mettre ses partenaires "genoux à terre". "Voilà la plus belle démission des ministres francophones bruxellois qu’il m’a été donné de voir après que chacun - ou presque - de ceux-ci se soit clairement opposé à ce projet", explique le député Vincent De Wolf. Selon lui, l’Olivier bruxellois se serait honoré à renoncer à ce projet "démesuré", quitte à "s’entendre" avec l’entrepreneur afin de réduire les indemnités.

Les riverains, eux, avalent mal la pilule. "On pensait que la majorité allait prendre en compte notre projet alternatif, explique Zoubida Jellab, qui se sent trahie par certains ministres ayant "tourné leur veste de manière éhontée". "C’est un déni de démocratie car 10000 pétitionnaires n’ont pas été entendus. Ceux qui s’imaginent que l’on fait encore de la politique comme dans les années 60, en passant en force et sans écouter les citoyens, feraient bien de changer de métier". Les actions vont se poursuivre. "Jusqu’ici, c’était ludique et symbolique, mais je ne sais pas comment cela va tourner. Chaque platane est parrainé par une personne décidée à le sauvegarder." Les travaux débutent ce lundi.