ANALYSE

Drôle de centenaire pour la basilique. Alors que la moindre paroisse fête avec un faste parfois exagéré ses grandes dates jubilaires, le sanctuaire national adopte un profil plutôt bas. Certes, toute la journée de ce dimanche sera festive. Avec à 11 heures une grand-messe, dans tous les sens du terme, présidée par le cardinal Danneels et en présence de la reine Fabiola. Puis il y aura un chapelet d'animations tout au long de l'après-midi, mais cet anniversaire emblématique de l'histoire de notre pays ne figure même pas au programme officiel 175-25!

La basilique de Koekelberg souffre, en réalité, d'un problème de personnalité. Là où d'aucuns voudraient asseoir et renforcer sa dimension spirituelle, d'autres insistent sur l'attrait culturel et touristique du lieu.

Maudit le plateau de Koekelberg? Alors qu'il y a cent ans, Léopold II posait sa première pierre en grande pompe, le décès du Roi freina l'érection de ce dont il voulait faire «le panthéon de Bruxelles». De gothique, le projet se mua en art déco, au point d'être la plus grande oeuvre du style de par le monde tout en devenant la cinquième plus grande église de la planète. Une double qualité bien mise en valeur dans un superbe album, intitulé «Koekelberg, monument art déco»(1) signé par le président des Amis de la Basilique, Me Raoul M.De Puydt et par l'architecte Jos Vandenbreeden. Voilà bien résumée l'aventure d'une basilique qui dut attendre 65 ans pour être achevée. Un édifice très méconnu, car ce qu'on voit de l'extérieur est en dessous de ce que l'on découvre dedans. Et c'est là son drame! Véritable encyclopédie de l'évolution artistique belge, elle n'est pas assez connue sur ce plan mais ne l'est pas davantage sous l'angle religieux. Pour le P. Roland Francard qui y gère un centre chrétien de la BD, «Koekelberg pourrait être répositionné comme lieu de pèlerinage et revenir à sa mission première de mise en valeur du culte du Sacré Coeur.» A moins que comme le suggèrent certains, le lieu ne devienne «la basilique européenne de la capitale de l'Union». Des pistes à ne pas négliger sans pour autant oublier sa dimension d'accueil pluraliste qui fait, par exemple, qu'en sous-sol, on y trouve un terrain d'entraînement à la... spéléo. Une activité qui ne nuit pas fondamentalement à l'esprit du lieu. On ne peut en dire autant du «mariage» récent de deux grandes marques de chocolat qui n'a pas été du meilleur goût pour moult chrétiens du cru. Interpellé, le recteur dit avoir agi de bonne foi et accueilli l'événement qui lui fut présenté comme un concert...

Renseignements: 02.425.88.22.

(1) Album paru chez Racine, 176 pp, 45€

© La Libre Belgique 2005