Entre janvier 1878 et la fin de l’année 1879, une quarantaine de prostituées mineures belges et étrangères, dont neuf Anglaises, arrivent dans des bordels de Bruxelles, séduites pour la plupart à l’idée de fuir leur vie de misère à Londres ou ailleurs. A Bruxelles, la réglementation de la prostitution est plus sévère qu’à Paris et surtout Londres. Les sanctions et l’application des règles sont entièrement remises aux mains de la police communale. L’organisation en maison close, notamment à la rue de l’Epée ou à la rue du Persil, est fortement encouragée, permettant ainsi de former un vivier d’informations pour la police des mœurs sur la clientèle régulière mais aussi sur l’underworld.

Mais, suite à une diminution du nombre de maisons closes, le règlement se durcit. La prostitution clandestine, le cauchemar de la police, ne cesse d’augmenter Pour endiguer ce déclin, le commissaire Lenaers, chef de la police bruxelloise, introduira une réforme de la réglementation, qui réprime plus durement encore la prostitution clandestine et allège les obligations des tenanciers.

Ceux-ci dénonçaient la concurrence de la prostitution clandestine, qui permettait à des mineures de moins de 21 ans de se prostituer en rue. A partir de ce moment-là, l’inscription des mineures dans les maisons de tolérance sera dès lors acceptée, du moment qu’elles sont déjà déflorées, selon une règle tacite de police. En Grande-Bretagne, l’inscription officielle n’existait pas. De plus, la prostitution est précoce à Londres (à partir de 12 ans). Comment prouver qu’elles se sont déjà adonnées au commerce de la chair, même si ce n’est pas le cas, afin de les faire rentrer dans les maisons closes ?

Les papiers des petites Anglaises importées par les rabatteurs sont alors falsifiés pour les faire passer pour des majeures : il suffisait d’obtenir un vrai faux certificat de naissance, auquel cas il n’est plus nécessaire de prouver l’expérience antérieure dans le métier. Cette solution arrange tout le monde : les filles qui veulent exercer à Bruxelles, les tenanciers qui souhaitent les engager, la clientèle huppée avide de prostituées anglaises et les policiers qui souhaitent que les maisons closes se portent le mieux possible. En 1880, des articles de presse parus en Grande-Bretagne dénoncent enfin le sort réservé à ces jeunes filles mineures. La presse belge relaye ces accusations et la justice s’en mêle

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