Mobilité

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ême si elles sont de plus en plus nombreuses au fil des ans, les femmes restent largement minoritaires au volant des véhicules de la Stib. En 2008, on dénombrait seulement 3,8 % de conductrices, tout mode de transports confondus. Ce nombre a légèrement augmenté puisque l’on en recense aujourd’hui près de 5 %. En 2013, le mode de transport le plus prisé par les dames reste le tram où elles occupent 7,9 % des postes. Vient ensuite le métro qui est conduit par 6,8 % de conductrices. Les femmes semblent par contre toujours très réticentes à l’idée de manœuvrer les bus : seulement 2,8 % de l’effectif est féminin en 2013.

En juin, cela fera quatre ans que Sarah Gabriel est chauffeur de bus à la Stib, une profession encore majoritairement masculine. Quand elle a quitté son poste de gérante d’un magasin, la quadragénaire a postulé à la Stib pour devenir conductrice de tram. "J’imaginais qu’il y avait deux boutons et que ce serait plus simple. En bus, je me disais que je n’arriverais à passer nulle part ! Mais ils avaient besoin de gens pour les bus alors voilà" , se souvient-elle.

Finalement, Sarah Gabriel est très à l’aise au volant des bus qu’elle conduit même avec des baskets à talon compensé. "En quatre ans, je n’ai jamais fait un seul accident. Je crois que je suis moins nerveuse que les hommes qui ont parfois tendance à se prendre pour les rois de la route. Si je sens que quelqu’un va me couper la priorité, je laisse faire. Je ne vais sûrement pas m’énerver pour ça."

Les clichés sur les femmes au volant

Au quotidien, elle doit par contre supporter les clichés sur la conduite et les femmes. "Une passagère est montée un jour et m’a dit avec un air inquiet : ‘Oh, une femme. Est-ce que ça va aller ?’ Je lui ai répondu : allez vous asseoir et vous verrez Mais je ne l’ai sûrement pas convaincue car quelques minutes plus tard, j’ai dû piler pour éviter un scooter et cette passagère s’est cassé le genou en tombant dans le bus" , raconte-elle, sourire en coin.

Mais notre chauffeur garde surtout en mémoire les messages plus sympathiques. "Ce sont principalement les femmes qui ont l’air de trouver ça chouette d’avoir une conductrice. Et j’ai régulièrement droit à des remerciements de la part des personnes âgées car je les suis toujours du regard pour voir si elles sont bien installées avant de démarrer."

Contrairement à bon nombre de ses collègues, Sarah Gabriel n’a jamais subi aucune agression sur le réseau. "Heureusement car je ne sais pas si je pourrais continuer après ça. Le pire que j’ai eu ? Un homme m’a fait des remarques tout à fait déplacées. Je me suis énervée et je lui ai ordonné de quitter le bus, ce qu’il a fait. Mais je regrette de m’être mise en danger inutilement en réagissant de la sorte."

Dans son travail, Sarah Gabriel apprécie particulièrement l’autonomie dont elle bénéficie. "Avant, j’avais un patron sur le dos toute la journée. Dans mon bus, je suis le seul maître à bord pendant huit heures."

Pour cette mère de cinq enfants, le seul bémol concerne les horaires. "Je commence parfois très tôt, parfois très tard. Je n’ai pas toujours mes week-ends en même temps qu’eux. Mais ils sont superfiers de moi. Quand je passe devant leur école avec le bus 59, les plus jeunes disent aux autres passagers que c’est leur maman qui conduit , sourit-elle. Quant à mon mari, il a été un peu surpris au début parce que je ne l’avais pas prévenu que je postulais à la Stib. C’est un milieu d’hommes alors il était un peu jaloux au début mais maintenant ça va !"