Avenue Albert Giraud, non loin de la gare de Schaerbeek, c’est l’agitation au numéro 65 ce mercredi après-midi. Caméras, journalistes et photographes, tous attendent la réaction de Bob Delvigne. Restaurateur mais aussi tintinophile à ses heures perdues, il devra en effet bientôt se séparer de ses quelque 200 cadres et objets à l’effigie du célèbre reporter. La Société Moulinsart, titulaire du droit d’exploitation de l’œuvre d’Hergé, accuse le restaurateur de "contrefaçon".

Simple nostalgie de l’enfance ou véritable passion pour la bande dessinée, on ne passe pas à côté du numéro 65 sans contempler quelques instants sa devanture. La célèbre fusée rouge aux carrés blancs et quelques dizaines de boîtes "Tintin" trônent fièrement dans la vitrine du restaurant de Bob Delvigne. Au premier regard, il est même difficile à croire que le "Faubourg Saint-Antoine" est un restaurant. Même en passant la porte, quelques soupçons persistent encore.

Dans une dernière odeur de café servi en guise de dessert aux clients du midi, on entre dans un véritable temple dédié au reporter à la houpette. Statuettes, cadres et peluches remplissent les murs et les étagères de la petite brasserie.

Pourtant, ces objets sont amenés à disparaître. La SA Moulinsart, titulaire des droits, est passée par là. "J’ai reçu une lettre le 28 août dernier de la SA Moulinsart stipulant que j’utilisais des éléments non-autorisés de Tintin dans ma décoration", explique le restaurateur.

Il y a deux jours, Bob Delvigne a été prié de retirer certains objets pour contrefaçon. "Je ne vois pas en quoi je suis en tort. Faire de la contrefaçon, c’est prendre un objet et l’utiliser dans le même intérêt que l’auteur. Ici, ce n’est pas le cas. Ce sont pour la plupart des petits clins-d’œil et des interprétations de grands auteurs comme Booschaert et Saumon", affirme-t-il.

Or Bob a toujours voulu vivre de sa passion au quotidien. Quand le "Faubourg Saint-Antoine" ouvre ses portes il y a 20 ans , il décide de décorer son restaurant à l’effigie du reporter. Souvenirs de vacances, cadeaux d’amis et trouvailles sur les brocantes, toutes les raisons sont bonnes pour dénicher une place sur le coin d’une armoire ou en haut d’une étagère. "C’est l’histoire de toute ma vie. Je ne comprends pas pourquoi ils veulent me retirer ça. Je ne dénigre pas l’œuvre d’Hergé. Je lui fais même une certaine publicité".

La société Moulinsart n’en est pas à son premier fait d’armes. Dirigée par Nick Rodwell, elle gère d’une main de fer le droit d’exploitation de l’œuvre d’Hergé. Fin 2009, les sites français racontaient entre autres comment la société Moulinsart avait "tué" l’écrivain Bob Garcia. Condamné à 48 000 € par le Tribunal de Versailles pour contrefaçon, Bob Garcia s’était même vu saisir sa maison afin de pouvoir honorer la facture.

Pour rappel, l’écrivain avait publié par passion cinq petites études tintinophiles, tirées en moyenne à 500 exemplaires chacune, utilisant çà et là quelques vignettes d’Hergé afin d’illustrer son propos. Autant dire que la note était salée.

Et ce n’est pas le seul exemple. "Ce dont ils ne se rendent pas compte, c’est qu’en faisant cela, ils font de Tintin un produit de luxe, destiné à quelques collectionneurs fortunés", explique Bob Delvigne. "D’ailleurs, aujourd’hui, je n’ose plus acheter l’une ou l’autre figurine, tellement le prix est élevé. Ils ne comprennent pas que nous, passionnés, nous avons le désir de faire connaître et exister Tintin à travers les générations."

Même s’il désire se battre jusqu’au bout, le restaurateur ne veut pas risquer de se retrouver un jour en procès contre la société Moulinsart. "Je ne veux pas devoir hypothéquer mon restaurant", dit-il. En attente d’une réaction de la société de Nick Rodwell, qui refuse d’ailleurs tout commentaire à la presse, Bob Delvigne compte bien faire profiter encore longtemps ses clients de sa passion.

C.F. (st.)