L’étude Stratec commandée par le gouvernement bruxellois a une nouvelle fois mis le feu aux poudres. Après le tohu-bohu suscité par ses conclusions sur le péage urbain, nouveau coup de tonnerre autour de la tarification au kilomètre qui sera testée dans les trois régions du pays à partir du 17 février. Hier, les propos de Bruno De Lille, secrétaire d’Etat Groen à la Mobilité, tenus dans le journal "Le Soir", ont fait l’unanimité contre eux. Se disant favorable à une tarification au kilomètre, celui qui se disait plutôt supporter du péage change son fusil d’épaule. Son cabinet explique ce revirement par l’affinement des résultats de l’étude Stratec. La tarification au kilomètre, jugée plus juste que le péage, est désormais applicable dès 2017-2018. Ce qui n’était ni techniquement ni juridiquement possible il y a quelques semaines encore…

La SNCB sous pression

Les libéraux se sont radicalement opposés tant au péage urbain qu’à la tarification au kilomètre. "La Libre" a pu obtenir le volet "mobilité" du programme adopté samedi par les militants. Qu’y lit-on ? Que le MR entend faire pression sur la SNCB afin que le RER soit mis en place sans délai sur les lignes qui sont déjà exploitables, telles la ligne 26. Les bleus préconisent également l’utilisation des gares (sous-exploitées) situées dans les 19 communes afin de mettre en place un "réseau express bruxellois". "Le RER doit être en réseau performant tant pour les habitants de la zone desservie (30 km autour de Bruxelles) que pour les Bruxellois", dit le programme.

Pour ce qui concerne la Stib, le MR entend remédier aux ruptures de charges - soit l’augmentation des correspondances - sur les lignes de tram et de bus, décidées en 2008 et qui ont miné le confort des usagers. L’idée de nouvelles lignes express à hautes fréquences en surface est également lancée. Les libéraux envisagent, comme d’autres, d’accélérer considérablement le développement du métro via des "modes de financement alternatifs" comme le partenariat public-privé, le recours à la Banque européenne d’investissement ou au leasing. L’axe Nord-Sud est naturellement prioritaire pour le MR qui entend lancer une étude sur la création d’une nouvelle ligne de métro automatisée entre le centre-ville et l’ULB (via la porte de Namur et la place Flagey). Au niveau financement, le MR estime que les fonds fédéraux dédiés à Bruxelles (Beliris) doivent être réorientés vers les transports publics.

La tarification mais...

C’est le règne de l’ambiguïté au PS. Hier, les socialistes réagissaient assez durement au débat en cours sur la fameuse tarification au kilomètre dans la zone RER."Pour moi, une tarification kilométrique ne peut ajouter une nouvelle taxe, indiquait le ministre-Président bruxellois Rudi Vervoort sur le Net en reprenant sans doute les propos d’Elio Di Rupo de ce week-end en télévision. Elle doit au contraire supprimer et remplacer la taxation actuelle, qui est injuste et qui frappe indistinctement les grands usagers de la route et les petits, les professionnels et les ménages, ceux et celles qui habitent dans un quartier peu ou pas desservi en transports en commun et ceux qui vivent à côté d’une gare bien desservie."

Le programme électoral du PS pour la Région bruxelloise n’est pas encore validé par les instances du parti mais il y a de fortes chances d’y trouver l’idée d’une tarification au kilomètre. Le montant de celle-ci dépendra du moment où l’usager roule afin de soulager prioritairement les heures de pointe et doit bien se substituer à la taxe de circulation actuellement prélevée auprès des automobilistes. Cette tarification s’établirait bien dans la zone de desserte du futur RER et demandera donc un accord interrégional. Cependant, la formule ne pourra être mise en place avant le renforcement de l’offre de transport public dans et autour de Bruxelles. En ligne de mire, la mise en service progressive du RER et l’extension du métro. Le programme du PS comprendra le lancement d’une étude sur la tarification au kilomètre, en vue de dégager les meilleurs tarifs, de différencier les zones fortement embouteillées, etc. Il faudra aussi déterminer comment les trois Régions se partageront les recettes de cette fameuse tarification.

Du métro, encore du métro

Le CDH s’oppose lui aussi farouchement à toute forme de taxe nouvelle sur l’automobile. Après le péage urbain, la tarification est à son tour rejetée violemment par les humanistes qui craignent que les personnes habitant dans des zones isolées ne payent le prix fort du désengorgement de Bruxelles. Que faire dès lors ? Point de programme définitif mais une série de prises de position. Ainsi, Benoît Cerexhe, chef de groupe au Parlement bruxellois s’est-il souvent exprimé sur le sujet. Il y a quelques semaines, il disait dans le journal "Metro" tout son amour pour… le métro. Celui-ci doit "aller chercher les navetteurs jusqu’aux portes de Bruxelles", estime l’ex-ministre. Pour lui, le développement du métro s’est opéré principalement au départ des gares bruxelloises, il est donc temps d’étendre les lignes vers la périphérie où s’étaleraient des parkings permettant aux navetteurs d’y laisser leur véhicule. La formule ne nécessite pas forcément de creuser de coûteux tunnels. "Le métro, qui peut aussi être à ciel ouvert, ce qui réduit le coût, reste le moyen de transport le plus rapide, le plus sûr et le plus régulier", indique Benoît Cerexhe. D’autres idées circulent au CDH, comme l’utilisation du rail SNCB bruxellois par des véhicules de la Stib. Ici encore, le programme qui sera proposé aux électeurs le 25 mai doit encore être finalisé.

Un Réseau express bruxellois

Les écologistes ont également fusillé l’idée d’une tarification au kilomètre même si les Verts ne souffrent "d’aucun tabou" en matière de mobilité. Les conditions ne sont actuellement pas remplies pour passer à une mesure aussi forte, ont-ils dit hier. Que propose Ecolo ? Le parti est toujours occupé à peaufiner son programme électoral. Mais, on peut déjà compter sur "une mesure forte". Celle-ci, "très concrète", "ne pénalise pas les gens", et est "facilement réalisable à court terme". Il s’agit du REB pour Réseau express régional "repris par Didier Reynders", dit-on. "Bruxelles dispose déjà d’un important réseau de voies ferrées en site propre, rappelle Ecolo. Il s’agit du réseau de la SNCB : 29 gares reliées entre elles par 162 km de voies ferrées. Or, une bonne partie de ce réseau et de ces gares est sous-exploitée par la SNCB. La SNCB doit et peut montrer son engagement pour Bruxelles, pour une meilleure mobilité et un meilleur cadre de vie dans notre région." Le plan Ecolo prévoit deux phases dont la première, sans investissements en infrastructure, pourrait démarrer dès 2014 avec le renforcement de la desserte sur ces lignes qui vont parfois dans des quartiers peu connectés au transport public. S’ensuivrait une deuxième phase qui comprendrait l’aménagement d’une série de nouvelles gares afin de compléter le maillage. Ce projet est évidemment simple et plein de bon sens sur papier. Mais encore faudra-t-il convaincre la SNCB qui n’a pas exactement la même vision du rail bruxellois.

Pour un péage urbain

Le FDF est le seul parti à prôner ouvertement l’instauration d’un péage urbain calqué sur la formule londonienne. Un péage oui, mais un péage "intelligent", précise le programme bruxellois du parti. Il s’accompagnerait d’une "adaptation de la taxe bruxelloise de circulation afin de ne pas alourdir la fiscalité des Bruxellois". Le programme ne donne pas les tarifs qui seraient appliqués par le péage version FDF, mais évoque une tarification différenciée selon les heures de pointe ou que l’on roule en semaine ou le week-end. Pour le FDF, les recettes dégagées, principalement auprès des navetteurs, doivent prioritairement être investies dans le développement du métro, vers le nord comme vers le sud de la capitale. Ainsi que le développement "maximal" des lignes de tram en site propre. Signalons que ces infrastructures ne seraient pas exclusivement financées par les fruits du péage. Le budget régional, ainsi que celui de Beliris, une structure fédérale qui finance des grands chantiers à Bruxelles, seraient également sollicités. "Le recours à des partenariats public-privé devrait permettre d’assurer le développement rapide des infrastructures", ajoute le FDF.

Les amarantes plaident également pour une politique régionale forte en matière de stationnement. Une tarification par zones permettant de financer la construction de parkings souterrains et de parkings de dissuasion au niveau des entrées de ville.