Des dispositifs sécuritaires sans précédent pour un débat sur la liberté d’expression organisé à l’ULB ce jeudi soir. Fourgons de police à l’entrée du campus, contrôle d’identité aux portes du bâtiment, portiques de détection de métaux et agents de sécurité, autant de mesures prises pour garantir la sécurité des intervenants et du public à l’occasion de la conférence.

Il faut dire que deux des intervenants viennent du journal satirique Charlie Hebdo, à savoir le rédacteur en chef Gérard Biard et la directrice des ressources humaines, Marika Bret, alors que la rédaction du journal avait été touchée par un attentat il y a tout juste cinq ans.

De plus, le thème du débat, la liberté d’expression, engendre encore et toujours pas mal de réactions, de tous bords.

D’ailleurs, ce jeudi matin, on apprenait que l'Union Syndicale Etudiante, une section étudiante et autonome des jeunes FGTB, et le Cercle Féministe de l'ULB dénonçaient la tenue de ce débat. Les deux associations, qui ne représentent évidemment pas l’université dans son ensemble, s’opposaient à la venue des membres de Charlie Hebdo, qu’elles estiment issus d’une part privilégiée de la population et qu’elles qualifient de réactionnaires.

Dans le communiqué qu’ils ont fait circuler sur les réseaux sociaux, on pouvait aussi lire des critiques à propos de l’édito de Riss, publié le 7 janvier dernier à l’occasion de l’anniversaire tragique de l’attentat qui a fait douze morts. Un édito qui dénonçait les "nouveaux visages de la censure".

Riss écrivait alors: "Hier, on disait merde à Dieu, à l'armée, à l'Eglise, à l'Etat. Aujourd'hui, il faut apprendre à dire merde aux associations tyranniques, aux minorités nombrilistes, aux blogueurs et blogueuses qui nous tapent sur les doigts comme des petits maîtres d'école".

Un édito qui n'a visiblement pas plu à ces deux associations étudiantes car elles estiment que les auteurs ne remettent pas en question "leurs privilèges".

Liberté et censure

Dans le communiqué, qui prônait donc la libération de la parole des minorités mais aussi la non-tenue du débat organisé à l'ULB, on pouvait lire ceci:

"Se défendre, dénoncer des propos qui nous oppriment, c'est vraiment atteindre à la liberté d'expression ? Charlie Hebdo se place donc en opposition à celleux (celles et ceux, en écriture inclusive, utilisée dans le communiqué, NdlR.) qui défendent une politique intersectionnelle et remettent en question les privilèges blancs, homme, cis, hétéro, bourgeois, etc. Ainsi, Charlie Hebdo a rejoint depuis longtemps les rangs des réactionnaires de tout poil dans leur dénonciation des ‘nouveaux censeurs’. Ce sont les mêmes qui défendent une "laïcité" à la française, islamophobe, méprisante du droit de chacun·e à disposer de son corps. Charlie Hebdo participe ainsi à la censure des minorités en les empêchant d’élever leurs voix. Alors si c'est ça "être Charlie", en 2020, nous ne le sommes clairement pas ! L'ULB se rend honteusement complice de ces réactionnaires."

Une chose est sûre, cinq ans après les attentats, la liberté d'expression suscite encore et peut-être toujours plus de réactions. Des réactions d'une part de personnes prêtes à tout pour défendre la liberté d'expression, parfois quand cela les arrange, ou d'autre part d'individus qui se soulèvent pour une prétendue défense des droits des minorités, mais qui justifient par là même une forme de censure.

Pourtant, l'intitulé du débat organisé à l'ULB était clair: "Charlie Hebdo: cinq ans après - La liberté d’expression, c’est fini?!".

Et à la question de savoir ce qu’il se serait passé si Charlie Hebdo n’avait pas publié les caricatures de Mahomet avant l’attentat et n’avait pas "jeté de l’huile sur le feu", comme certains ont accusé, Gérard Biard répond, ce jeudi soir : "Que se serait-il passé si tous les journaux avaient publié ces caricatures ?".