Ce pouvait être une bonne histoire pour Halloween, mais en ces temps d’actualité souvent très morose, cela ressemble à un conte de Noël avant l’heure. Encore qu’on puisse aussi le ranger parmi les (bons) exemples d’une retraite aussi dynamique qu’active… Où l’intéressé aurait répondu au pied de la lettre à l’appel de Voltaire de "cultiver son jardin"…

Avocat et ancien mandataire politique bruxellois - il fut actif dans sa commune d’Uccle et au Parlement régional - le prince Stéphane de Lobkowicz fut l’auteur d’une des premières biographies du roi Baudouin et d’une histoire de Belgique à destination des enfants. Voici qu’il vient d’entrer dans le club des producteurs de bons produits locaux !

Un peu parce qu’abondance de biens, en l’occurrence, ici de potirons, nuisait…

Tradition viticole mais…

Sur une prairie uccloise du côté de Verrewinkel, proche de son domicile, celui qu’on appelait "Lobko" dans le sérail politique de la capitale ne désespérait pas de suivre l’exemple des membres de sa famille, d’origine tchèque, mais aussi de ses cousins français et de planter des vignes. Mais s’il avait obtenu un permis d’urbanisme, il s’avéra que le défi prendrait du temps et n’était pas assuré de succès. Le prince, avec l’aide de ses trois enfants, décida donc d’y planter des potirons qui, comme on le sait, ont la méchante tendance à se reproduire plus que de raison.

Au point que la prairie uccloise compta bientôt… une tonne d’imposantes citrouilles. Certes, une partie de la production fit le bonheur des proches, mais l’expérience d’en faire du jus avec l’aide experte du Verger de la Chise à Piètrebais ne fut pas concluante. Et c’est ainsi, qu’ayant rempli son break de 250 kg de potirons, le prince ucclois prit le chemin de la Distillerie de Biercée où il eut l’oreille plus qu’attentive de Christophe Mulatin, convaincu que l’on pourrait tenter l’expérience de produire un gin original parfumé à la citrouille mais qui comprendrait aussi, entre autres, des baies de genièvre, de l’orange, du citron, de l’anis vert et encore d’autres épices. Et ainsi Stéphane de Lobkowicz se retrouva second prince à pouvoir mettre un gin à son actif. Après, excusez du peu, Charles d’Angleterre himself sur son domaine de Highgrove.

Restait à lui trouver un nom. Il s’imposait de rendre hommage à leur noble famille. Et on opta donc pour… Princesse Vampire. Une référence à Eléonore de Lobkowicz. Celle-ci avait épousé le grand maréchal de la cour d’Autriche et prince héritier de Schwarzenberg. Très appréciée pour sa grande culture, sa longue attente de la naissance d’un fils l’amena, selon une croyance de l’époque, à consommer du lait de louve. Encore fallait-il les traire au château où un grand nombre avaient été enfermées. Ce fut le début de bien des rumeurs inquiétantes…

Au terme d’un douloureux cancer du côlon, Éléonore mourait le 5 mai 1741 à Vienne. Contrairement aux usages, elle ne fut pas inhumée dans le caveau de famille à Vienne mais transportée en Bohême où elle fut enterrée de nuit. En 2007, sur Arte, un documentaire autrichien, La Princesse Vampire, dépiauta la légende selon laquelle Éléonore aurait été un vampire. Et donc une des sources d’inspiration de Bram Stoker pour son personnage de la princesse-vampire Lénore, dans son roman gothique Dracula !