Sur l’île de Nantes, elle intrigue les badauds un minimum curieux. Mais que peut bien faire cette maison en bois ornée d’une tour de plusieurs mètres sur un parking à seulement quelques mètres de la Loire ? Cette édifice originale symbolise tout simplement le projet d’un homme, Frédéric Tabary, architecte designer et écolo convaincu. Son défi : construire en trois semaines une villa à partir de détritus urbains et déchets de chantiers.

Tout commence en mai dernier. Alors qu’il surfe sur Internet, Frédéric "tombe par hasard" sur La ScrapHouse, une maison construite à San Francisco. Cette bâtisse, entièrement composée de matériaux naturels, lui donnent une idée. "Faire la même chose ici, mais en créant la première maison d’architecte habitable uniquement créée à partir de déchets urbains", explique-t-il.

Quelques jours plus tard, l’idée mûrit, Frédéric décide alors de créer l’association Tabakero. Et puis, tout va très vite. Un blog et un groupe Facebook voient le jour, la communauté d’agglomération nantaise adhère au projet et les médias relaient une idée qui commence à faire son trou.

"L’engouement a été surprenant. Cela nous a permis de recruter 2 500 bénévoles", précise-t-il.

Après 20 jours de collecte et 25 tonnes de déchets récoltés dans toute l’agglomération, la construction peut enfin commencer. En novembre, tout ce petit monde s’est donc relayé pendant trois semaines pour transformer ces déchets en matières premières, et ensuite construire une véritable maison de 80m2. A ce stade, un seul mot d’ordre, la débrouille ! Les murs et certaines tables vont être construits à partir de bois de palettes, le carton est métamorphosé en fauteuils, l’isolation faite avec des nouilles d’emballage. Le parquet, lui, provient d’une église, les briques sont fabriquées à partir de papier mâché. Enfin, de vieux tuyaux d’arrosage servent à transporter l’eau entre les radiateurs.

"Au-delà du défi, ce qui me tenait à cœur, c’était surtout d’engager un débat citoyen sur la thématique de la réduction des déchets. Chacun de nous produit 390 kilos de déchets par an. C’est énorme !", déplore-t-il.

Le message a semble-t-il été entendu. La villa a ainsi connu un incroyable succès. Plusieurs parrains de renom ont ainsi pris part à l’aventure : Jean-Pierre Coffe, l’actrice Delphine Depardieu, le skipper Jean-Luc Van Den Heede, mais aussi Bruno Solo, entres autres.

"C’est d’ailleurs Bruno qui a vendu aux enchères les nuitées du mois de décembre !", argue le designer. Ces nuits se sont du reste vendues comme des petits pains entre 40 et 120 euros la nuit. "Tout cet argent sera reversé à l’association à qui l’on donnera la villa."

La maison va, en effet, être détruite incessamment sous peu puis remontée au profit d’une association afin de devenir "le symbole du développement durable" de la ville.

Cette année, Paris prendra le relais, mais en 2012, le projet sera bruxellois. "On est en contact avec plusieurs groupements intéressés. Le parrain sera Frédéric Etherlinck, le gagnant de l’Eurovision, mais je dois le rappeler. La commune n’est même pas au courant", plaisante-il.

On vous l’accorde, le projet a l’air un peu bancal, mais après ce qu’il vient de mettre sur place en quelques mois, on le croit les yeux fermés J.B. (st.)