Bruxelles

L'objectif était l'échange de bonnes pratiques en matière de lutte préventive et répressive contre le phénomène entre la province canadienne et la Région bruxelloise. Une vingtaine de bandes urbaines sont actives en Région bruxelloise, selon des chiffres du Carrefour d'information d'arrondissement (CIA) de la police fédérale, qui traite et analyse les informations des polices administratives et judiciaires locales et fédérales.

Neuf bandes urbaines sont implantées sur le territoire de la police de Bruxelles-Ixelles et cinq ou six autres sur la zone de la police de Bruxelles-Nord (Schaerbeek, Saint-Josse, Evere). Au total, plus de 300 membres de bandes bruxelloises sont répertoriés dans les banques de données policières.

La plupart des bandes urbaines bruxelloises comptent entre une quinzaine et une vingtaine de membres. Le phénomène des bandes urbaines touche essentiellement l'agglomération bruxelloise mais certaines bandes sévissent dans d'autres villes de Belgique comme à Liège et à Anvers. Les membres des bandes urbaines sont âgés en moyenne de 15 à 25 ans. La plupart des faits de violence entre bandes urbaines sont commis pour des raisons de rivalité. L'affrontement n'est pas en soi un but recherché par les membres de bandes, précise la substitute du parquet de la Jeunesse de Bruxelles, Fabienne Ledure.

Les gangs de rue québécois sont des organisations criminelles plus structurées et plus violentes que les bandes urbaines bruxelloises. Si le CIA de la police fédérale dispose de sa propre banque de données, les différentes zones de police bruxelloises ont créé leur base d'informations visant les bandes urbaines de leur territoire. Chaque mois, les six zones de police de la Région bruxelloise se réunissent avec le parquet de Bruxelles pour échanger leurs informations.

La difficulté pour les zones de police est de s'entendre sur une définition précise d'une bande urbaine. La police s'interroge ainsi sur l'utilité d'intégrer, dans la catégorie des bandes urbaines, les groupes de jeunes commettant des délits mais qui n'ont pas pour vocation première de développer des activités criminelles. Les bandes urbaines se constituent sur base de critères à la fois ethniques et géographiques, comme en témoignent les noms de certaines d'entre elles: "1140", "1120" ou "1020", qui font allusion aux codes postaux de communes bruxelloises. La police n'a pas connaissance de bandes issues de l'extrême droite en Région bruxelloise.

"Les vols avec ou sans violence représentent à Bruxelles la majorité des délits commis par les bandes urbaines. Celles-ci se livrent aussi à des trafics de stupéfiants mais pas à grande échelle. Il n'y a pas de logique structurelle visant le profit derrière ces bandes mais bien une recherche de satisfaction sur le plan matériel. Il y a des faits de violence mais souvent entre bandes rivales. Celles-ci ne cherchent pas à s'affronter mais répondent à une logique de représailles visant à sauver leur honneur", a expliqué Mme Ledure, qui souligne la difficulté pour la police et les autorités judiciaires d'identifier des membres de bandes urbaines victimes de violence de bandes rivales.

La police de la zone de Bruxelles-Nord a enregistré, en 2008, 45 faits commis par la bande "1140", qui avec plus de 80 membres, est l'une des plus importantes en Région bruxelloise. La plupart des faits imputés à cette bande sont liés à des vols dans des véhicules mais certains concernent des attaques à main armée voire un meurtre. En 2007, des membres de la bande étaient suspectés par la police d'avoir commis des faits de moeurs et de viols.

Pour lutter contre le phénomène des bandes urbaines, les polices locales bruxelloises tentent de recouper un maximum d'informations au sujet de leurs membres et de prévenir tout incident. Certains membres de bandes urbaines connus de la police informent spontanément cette dernière lorsqu'ils préparent des festivités pour éviter tout débordement. "Une intervention policière seule ne sert à rien. Nous devons agir notamment avec les services d'aide à la Jeunesse. Au niveau local, nous travaillons avec les services de prévention", a réagi le commissaire Frédéric Dauphin, de la zone de police de Bruxelles-Nord.