La généralisation de la zone 30 sur l’ensemble de la région bruxelloise a été abordée sous son aspect technique et mécanique mardi lors de la commission Mobilité du Parlement bruxellois. Le député Jonathan de Patoul (Défi) s’est fait l’écho des craintes de certains automobilistes : "Ils ont peur de ne pas arriver à respecter cette limitation de vitesse car ce n’est pas forcément inné de rouler à 30."

Le député a demandé à la ministre en charge de la Mobilité Elke Van den Brandt (Groen) si des formations seraient proposées aux automobilistes afin d’acquérir les bons gestes de la conduite à 30 à l’heure. "Avant cette législation, 65 % des rues bruxelloises étaient déjà des zones 30, précise la ministre Groen. Les Bruxellois savent déjà ce que c’est. J’espère que tout le monde sait conduire à 30 à l’heure. Si on ne sait pas le faire, on peut prendre des cours dans une école de conduite."

La gérante de l’auto-école Simonis à Koekelberg Morgane Dehoux confirme. "Tout le monde est capable de conduire à 30 à l’heure, les zones 30 existent depuis longtemps à Bruxelles. La seule différence pour rouler à 30 est le changement de vitesse pour obtenir le bon tempo. Il faut écouter, sentir son moteur. Nous pouvons donner des cours de deux heures sur cet apprentissage mais est-ce que les gens seront d’accord pour les payer ?"

Pour cette gérante, la mesure de sécurité routière mise en vigueur depuis le 1er janvier n’a pas vraiment d’impact sur ses cours. "C’est très simple : nous ne restons pas à Bruxelles. On s’éloigne, on va sur l’autoroute. Très vite nous sommes à Jette puis Wemmel ou Dilbeek. Autour de notre école, le boulevard Léopold II, l’avenue de l’Exposition Universelle et les tunnels sont à 50. Les petits axes sont à 30 mais la plupart l’étaient déjà. Nous avons la chance d’être installés en périphérie. Pour sortir, c’est plus facile. Je plains ceux qui sont dans le centre. Le temps de traverser Bruxelles pour s’exercer ailleurs, le cours est déjà terminé." Morgane Dehoux poursuit : "Quand on apprend à conduire il est important de toucher à tout. Sortir permet de passer les vitesses." La gérante et son équipe de moniteurs s’adaptent à cette mesure de sécurité routière mais, en automobiliste convaincue, Morgane Dehoux est loin d’être emballée par la mesure : "C’est ridicule. Nous sommes la seule région où une voiture peut être dépassée par une trottinette. Cela n’évite pas la pollution et je ne pense pas que cela évitera les accidents. Les gens sont de plus en plus nerveux. Dans les voitures, on se fait insulter parce que le mec derrière nous ne veut pas respecter la limitation."

Pour Sophie, une secrétaire d’auto-école qui se fait le relais des moniteurs : "C’est débile. À Bruxelles, les élèves ne vont pas plus haut que la 3e mais pendant l’examen, le candidat doit montrer qu’il sait passer toutes les vitesses. À Bruxelles, c’est 30 à l’heure mais ce n’est pas le cas à Wavre ou en Flandre. Ils doivent apprendre à rouler ailleurs."

Avec la Ville 30, apprendre à conduire est devenu "très compliqué", reconnaît Mohamed, gérant de plusieurs auto-écoles à Bruxelles. "En termes d’apprentissage, ce n’est pas l’idéal. Les circuits d’examens ne sont plus les mêmes. Le centre d’examen d’Anderlecht a modifié les itinéraires. Tout se fait en Flandre maintenant. Pour une question de durée car un examen dure 35 à 40 minutes et le même circuit limité à 30 prendrait plus de temps mais aussi pour le passage de vitesses. À 30 à l’heure, il est impossible de passer la troisième et encore moins la quatrième." Pour lutter contre les accidents de la route, "il faut surtout agir sur les zones accidentogènes et faire de la prévention. La principale cause d’accidents est la consommation d’alcool ou de cannabis".