Flandre

Le char du carnaval d'Alost caricaturant des juifs orthodoxes assis sur des sacs d'or a suscité l'indignation de l'Unesco, qui a dénoncé mercredi une "représentation antisémite" et appelé les autorités belges à réagir.

"L'esprit de satire du carnaval d'Alost et la liberté d'expression ne sauraient servir de paravent à de telles manifestations de haine", a fustigé dans un communiqué l'agence des Nations unies pour l'éducation et la culture.

L'Unesco rappelle que ce carnaval a été inscrit en 2010 sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité.

"Au-delà des valeurs de respect et de dignité portées par l'Unesco, ces indécentes caricatures vont à l'encontre même des principes fondateurs du patrimoine immatériel de l'humanité", estime Ernesto Ottone Ramirez, sous-directeur pour la culture, cité dans le communiqué.

Le char incriminé, qui a participé au défilé de carnaval dimanche dans les rues d'Alost, devant des milliers de personnes, avait déjà suscité les protestations de plusieurs associations juives et de l'exécutif européen.

"C'est impensable que de telles parades aient lieu dans les rues européennes 74 ans après la Shoah", avait réagi mardi un porte-parole de la Commission, rappelant la nécessité de lutter contre l'antisémitisme dans l'UE.

Joël Rubinfeld, président de la Ligue belge contre l'antisémitisme, a rappelé que dans le passé certains chars du carnaval d'Alost avaient déjà créé la controverse.

Mais cette fois, a-t-il ajouté, l'Unesco se devait "évidemment" de réagir, au nom du "patrimoine universel" qu'elle défend. Associer des juifs en tenue orthodoxe à l'argent et au pouvoir, "c'est la banalisation d'un vieux cliché, un vieux mythe de l'antisémitisme", a dit M. Rubinfeld. Et "confronter de jeunes enfants à cette image, c'est quelque chose d'extrêmement violent".

© belga

De nombreux enfants s'amusent déguisés en juifs

Des images télévisées montrent que de nombreux enfants s'amusent sur le char déguisés en juifs orthodoxes, avec chapeau noir et papillotes sur les tempes.

Le responsable associatif a dit envisager la possibilité d'un dépôt de plainte.

De son côté, le bourgmestre d'Alost a dénoncé "une forme de censure". "Des piques innocentes aux provocations directes: à Alost, tout est possible, et c'est une bonne chose", a ajouté Christoph D'Haese (N-VA) dans une tribune au journal flamand Het Laatste Nieuws.

L'élu nationaliste affirme que "l'establishment (inter)national" ferait mieux de s'intéresser à cette "vérité inconfortable" qu'est selon lui le développement des idées antisémites "chez les jeunes musulmans".

Le bourgmestre a également affirmé qu'il prendrait contact avec la Commission européenne afin d'expliquer le contexte.

La N-VA a ensuite proposé un tout autre discours, avec la prise de parole de Michael Freilich, candidat N-VA à Anvers et ancien rédacteur en chef de Joods Actueel.

Si ce dernier estime que la société de carnaval incriminée n'avait pas de motivation antisémite, il n'en souligne pas moins que les caricatures utilisées sont celles dont ont souffert les Juifs pendant des siècles. "Il faut une parole qui fasse prendre conscience ainsi qu'une médiation", a-t-il affirmé, en se proposant de conduire cette médiation.

Michael Frielich met aussi en garde contre le déficit d'image pour le pays et la Flandre, alors qu'il existe déjà une pétition américaine à l'Unesco pour priver le carnaval d'Alost de son statut de patrimoine immatériel de l'humanité.

Quant à Unia, il a lui aussi préconisé le dialogue, que ce soit dans le dossier du carnaval d'Alost que de celui des élèves du collège de Melle qui se sont déguisés en musulmans lors d'une fête d'école.

"Le carnaval d'Alost souille la réputation de la Belgique"

Le Centre Simon Wiesenthal, organisation juive dont le siège central est aux Etats-Unis, estime que le carnaval d'Alost souille la réputation de la Belgique en tant que pays hôte des institutions européennes. Telle est la teneur d'une lettre qu'il a adressé au ministre de l'Intérieur Pieter De Crem (CD&V). Le directeur des relations internationales Shimon Samuels estime que le gouvernement fédéral devrait rappeler publiquement à l'ordre ceux par qui la polémique est née. "Les images du carnaval prises le 3 mars dernier à Alost nous donnent la nausée", peut-on encore lire dans cette missive. "Des images stéréotypées et haineuses de Juifs au nez crochu et munis de sacs remplis d'argent, faisant penser à la Belgique de la collaboration avec l'occupant nazi".

L'ONG fait référence aussi à une précédente controverse lorsqu'en 2013 on avait vu au carnaval d'Alost des représentations d'officiers SS brandissant ce qui figurait du gaz Zyklon B. "Alost avait alors pris des mesures pour interdire que se reproduise une telle diffusion de haine".

Le Centre demande à ce que le gouvernement fédéral condamne ouvertement la compagnie carnavalesque Vismooil'n et il menace d'envisager un départ de l'industrie diamantaire anversoise où la communauté juive est très impliquée.