Après avoir reçu un fameux coup sur la tête, le monde culturel flamand se relève doucement et prépare la contre-offensive. Une semaine d’action - baptisée la "semaine du feu d’artifice" - sera organisée au début du mois pour protester contre la diminution linéaire de 6 % des subsides accordées aux institutions culturelles et surtout, contre la baisse de 60 % de l’enveloppe consacrée aux nouveaux projets artistiques.

Les soutiens arrivent de toutes parts. Et pas seulement de Flandre. Affichant leur compassion, de nombreux francophones ont recouvert leur photo de profil sur Facebook ou Instagram d’un large bandeau jaune - de ce jaune que l’on retrouve dans le logo de la N-VA et partout dans la communication des autorités flamandes.

Il en faudra cependant plus pour faire reculer le gouvernement flamand. Tout indique sa détermination : la rapidité avec laquelle il a annoncé son intention (le gouvernement venait à peine de se mettre en place), la gestion du dossier confiée au ministre-Président flamand, Jan Jambon (N-VA), signifiant ainsi qu’il s’agit d’une mission de premier ordre, l’apparente indifférence avec laquelle il répond aux protestations. Et puis, surtout, la cohérence de ce coup de rabot avec un projet qui le dépasse nettement : l’édification du canon flamand. Le gouvernement flamand épargne d’ailleurs le patrimoine culturel - le domaine de Bokrijk, où l’on fait revivre la Flandre d’antan, recevra même de nouveaux subsides.

À son tour, l’associatif

La culture n’est pas le seul endroit où devra s’ériger le canon flamand. L’éducation permanente va aussi devoir s’y plier. Vendredi, trois députés de la majorité ont annoncé le dépôt d’une proposition de décret visant à réformer l’aide au milieu associatif.

Deux grands principes sont retenus : 1°, les limites à l’autonomie du gouvernement dans l’octroi des subsides doivent être levées (en clair, l’exécutif ne doit pas être tenu par les avis de conseils consultatifs) et, 2°, les subsides seront retirés aux associations qui "se replient sur leur origine ethno-culturelle" et "entretiennent dès lors la ségrégation". Les trois députés flamands - parmi lesquels l’incontournable Marius Meremans, l’homme derrière le canon flamand - ne donnent pas le nom des associations concernées. Mais à la place de la Fédératie van marokkaanse verenigingen, du Koerdisch institut ou la Turkse Unie van België, on ne serait pas très rassuré.

En soi, cette annonce n’est pas une surprise. Sentant le souffle du Vlaams Belang dans le cou, le nouveau gouvernement avait promis de couper les vivres à ces associations ethno-culturelles. Ce qui étonne davantage, c’est que le CD&V se prête au jeu, lui qui tire du vivier associatif le peu de force qui lui reste. Y’a pas à dire, la Flandre vit des moments de rupture.