L'indétrônable bourgmestre de Knokke-Heist est l’Invité du samedi de LaLibre.be. A deux semaines des élections, il accepte de parler de son parcours politique, sa commune, l'immobilier au Zoute, son combat contre la N-VA, l'avenir du pays et des exilés fiscaux français. Le comte Léopold Lippens se livre ouvertement, avec - parfois - une certaine discrétion.

Léopold Lippens a débuté sa carrière politique à Knokke-Heist en tant que premier échevin de 1970 à 1979 avant d’être nommé bourgmestre. Ce qu’il est resté jusqu’à ce jour. Le 14 octobre prochain, l’homme fort du Zoute devrait rempiler pour 6 ans après avoir tiré la liste « Gemeentebelangen – GBL » (Intérêts communaux) lors de cette campagne.

Vous n’avez jamais envisagé de jouer un rôle politique sur le plan régional ou national ?

Je me suis présenté une fois comme suppléant à la Chambre, mais je suis plutôt intéressé par le local. Sur le plan national, il faut intégrer un parti politique… Vu que je ne suis pas toujours d’accord avec ce que les autres membres disent ou pensent, je préfère rester local et donner une impulsion à un endroit que j’aime bien.

A vos yeux, comment a évolué Knokke-Heist sous votre ère ?

Saluons d’abord les visionnaires d’après-guerre qu’étaient – comme par hasard – mon père et Jan de Gheldere à Heist. Ils ont sorti nos communes de la guerre. Peut-être que le mur de l’Atlantique n’a pas été tout à fait heureux, mais à ce moment-là, on voulait le plus de gens possible avec une vue sur mer. Ensuite, on a essayé de donner une nouvelle dimension à la commune avec une certaine qualité de vie pour résidents et touristes. On a plutôt bien réussi cela avec 120 km de pistes cyclables et tous les avantages d’une ville, sans les inconvénients.

Vu que vous êtes là depuis tellement longtemps, certains ont peut-être envie de changement, d’une nouvelle tête… Quel est dès lors votre message électoral ?

Je n’ai jamais demandé aux gens de voter pour moi, mais pour des projets. Si mes idées ne passent pas, on appliquera les idées des autres. Aujourd’hui, je veux accélérer cette nouvelle dimension qui est en cours : un nouveau casino, la nouvelle clinique, une autre mobilité avec l’autoroute qui vient d’Anvers et qui contourne Knokke, de nombreux hôtels supplémentaires,… on a encore du pain sur la planche.

Vous êtes le grand-frère de Maurice Lippens. Depuis les dernières élections, il y a eu la chute de Fortis. Craignez-vous que cela ait un impact sur la popularité du nom « Lippens », ne fut-ce qu’un peu ?

Je vous signale que cela n’a jamais été le cas. Je n’ai rien à voir avec Fortis. Un nom est lié à une personne : mon frère est mon frère et moi, je suis moi. Il n’y a jamais eu un mot sur Fortis ici à Knokke. Jamais, vraiment.

Autre changement, la N-VA vous a lâché l’année dernière et s’oppose à vous dorénavant.

La N-VA est un parti comme un autre. Toutes les communes en Flandre, à l’exception d’Anvers, ont le même problème : nous devons nous battre politiquement contre Bart De Wever, alors que concrètement, on doit faire face à des listes de candidats très peu connus. Et c’est très difficile de se battre contre un adversaire qui n’est pas là. Quand les gens nous parlent de la N-VA, en réalité, ils évoquent Bart De Wever.

La N-VA de Knokke-Heist vous accuse de « diviser pour mieux régner ». Je suis ravi qu’elle parle ainsi de moi. C’est une preuve qu’elle n’a rien à dire ! Moi, je « fais », eux « écrivent »…

Personnellement, comment voyez-vous la Belgique en 2020 ?

Il faut être réaliste : les Belges de Flandre, considérés comme des Flamands, ont longtemps voté à droite pour être gouvernés à gauche… et ils en ont marre. Alors que les francophones, dans le sud du pays, votent à gauche et sont gouvernés ainsi. Eux sont très contents. A ce niveau-là, il y aura incontestablement un changement. On va donc vers un confédéralisme avec Bruxelles pour capitale, ce qui ne serait pas plus mal, car permettra à chacun d’être gouverné selon sa volonté. Notre pays continuera à exister, ça, j’en suis convaincu.

On entend parfois « les francophones ne sont plus les bienvenus à Knokke ». Ca ne doit pas vous plaire…

Non, d'autant qu'ils sont évidemment les bienvenus. Je leur dis une chose : il n’y a pas de francophones à Knokke, il n’y a que des Belges, qui parlent par exemple le flamand, le français, l’allemand,… Sinon, on tombe dans un racisme complètement grotesque. Et puis, on vit du tourisme ! Si on commence à dire que le tourisme doit être régional… allons-y ! Mais moi, je ne le vois pas comme ça… et on ne le fera pas comme ça ici ! On restera une station balnéaire touristique ouverte à tous.

Justement, on a beaucoup parlé de Uccle, mais on peut logiquement imaginer que le Zoute attire aussi pas mal d’exilés fiscaux français. Est-ce le cas ?

Ecoutez, je n’en sais rien. Je constate juste que depuis le changement de gouvernement en France, certains Français estiment que la fiscalité est devenue trop importante et préfèrent se délocaliser. Moi, je ne le remarque pas ici, car ils préfèrent être à Bruxelles, soit près de la liaison TGV avec Paris.

Il n’y a vraiment pas d’intérêt particulier pour votre commune ?

(Rires) D’abord, je ne vous le dirais pas ! Deuxièmement, je ne suis pas censé dire qui rentre ou sort de la commune. Ce serait entrer dans la sphère privée des habitants… ce qui ne regarde personne. Je crois que lorsque qu’un Français célèbre a décidé de demander la nationalité belge, il n’y avait aucune raison d’en faire un tel cas. C’est privé.

En clair, venir vivre chez vous, cela offre la garantie d’une certaine discrétion ?

Chez nous, personne ne sait qui habite ici !

Dans La Libre de samedi dernier, nous évoquions la déprime du marché immobilier à Knokke. Si j’ai bien compris, vous ne partagez pas l’avis des agents et réseaux immobiliers interrogés ?

Pas du tout ! C’est tout le contraire. Il y a toujours eu beaucoup de biens à vendre. Ca n’a pas changé. Qu’est-ce que vous voulez, quand des gens croient que leur propriété vaut beaucoup plus qu’elle ne vaut et qu’ils la mettent sur le marché à ces prix-là, il ne faut pas s’étonner que cela ne se vend pas ! Après, ils viennent dire « C’est scandaleux, l’immobilier ne marche pas ! »… cela n’a pas de sens. L’immobilier marche très bien ici.

En avril dernier, vous avez été mis sous protection policière suite à des menaces. C’est du passé ?

Oui, ça arrive qu’il y ait des menaces. Alors bon, ce n’est pas très agréable. Ca n’a pas duré longtemps. Il ne faut cependant pas en faire des choux gras pour ne pas stimuler les gens…

 

Entretien : Dorian de Meeûs

 

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