L'usine Solvay face aux cancers

M.I.G.

Aujourd'hui, il ne reste plus rien de l'ancien bâtiment qui renfermait l'unité d'électrolyse au mercure de l'usine Solvay sur son site de Jemeppe. Seule subsiste une étendue de gazon entourée d'autres bâtiments.

Jusqu'en 2000, une septantaine de travailleurs y était pourtant employée. Les installations au mercure ont été arrêtées et remplacées en 1992 et 2001 par une technologie à membranes.

La FGTB dénonce

La plupart de ces ouvriers sont aujourd'hui retraités ou prépensionnées. Personne ne sait ce qu'ils sont devenus, sauf les syndicats et plus particulièrement la FGTB.

Francis Carême était à l'époque le délégué syndical. Il a suivi de prêt les inquiétudes légitimes des travailleurs de cette unité. Leur état de santé a en effet interpellé le syndicaliste.

"Les années qui s'écoulaient ont fait apparaître une accumulation de morts et de cas de cancers, explique-t-il. Nous ne pouvions que réagir."

Face à ce constat, la FGTB décide de passer à l'action et lance il y a un an, un groupe de travail chargé de centraliser tous les problèmes rencontrés.

Les résultats sont édifiants. Sur 70 travailleurs, une bonne vingtaine est décédée et d'autres souffrent de cancers très variés. Le syndicat veut alors aller plus loin, obtenir des résultats des analyses médicales de ces travailleurs.

Mais la direction s'y oppose, avançant l'argument du secret médical.

"Nous avons donc décidé de communiquer ce que nous savons sur cette affaire à la presse."

Actuellement, une trentaine de travailleurs toujours en activité chez Solvay ont eu des contacts avec le mercure durant quelques mois voir un an lorsque l'unité existait.

Mais pour eux, pas de signes d'affolement actuellement. Les examens médicaux sont très corrects. L'inquiétude chez les travailleurs est toutefois perceptible.

"Comment savoir si l'on ne subira pas le même sort que nos anciens collègues, dans quelques années, expliquent-ils. Les effets néfastes ne se font pas sentir tout de suite.

Aujourd'hui, je suis en bonne santé, mais combien d'années me reste-t-il à vivre ?"