Election à Charleroi: le point sur l’économie

JVK
Charleroi: le point sur l’économie
©Jean Luc Flémal

Les activités commerciales et les emplois : les candidats sont attendus au tournant sur la question.


Durant toute la semaine, La DH vous propose de découvrir les projets et les promesses des candidats aux élections communales de Charleroi. Pour cela, nous avons réuni les têtes de liste autour de grandes thématiques et nous leur avons laissé la parole. L’objectif, c’est de vous donner un aperçu des politiques qu’ils comptent tenir s’ils sont élus. Et comme c’est vous qui déciderez de l’avenir de Charleroi, en votant le 14 octobre prochain, on va tenter de vous donner toutes les cartes pour cibler les enjeux et choisir une voie à suivre !

Ce lundi, on s’est concentré sur la politique économique : la création d’emplois, les taxes, les commerces, les entreprises, le chômage… La thématique est vaste - et très importante pour une des régions les plus pauvres de Wallonie, qui tente de se sortir d’un marasme dans laquelle elle est plongée depuis trop longtemps.

Aujourd’hui, Charleroi et ses 200.000 habitants, dont 80.000 "personnes actives" (en âge et en condition de travailler) payent beaucoup d’impôts, l’IPP y est un des plus élevés en Belgique, et pourtant rapporte finalement peu d’argent dans les caisses. Créer une dynamique économique à Charleroi, c’est renflouer les finances communales, que ce soit en créant de l’emploi, en favorisant la consommation, en attirant les investisseurs ou en augmentant le pouvoir d’achat. Et des caisses publiques remplies signifient plus de dépenses pour améliorer à la fois la ville et le quotidien de ceux qui y vivent, et (en théorie en tout cas) moins d’impôts. Comme quoi, ça compte.

Cela étant dit, la situation va tout de même mieux aujourd’hui qu’il y a dix ans, et la majorité actuelle (PS-MR-CDH) y est pour beaucoup. Mais il reste un long chemin à parcourir avant de pouvoir s’estimer satisfait : des emplois ont été créés, mais il en faut plus, et les impôts doivent baisser en même temps que la ville devenir plus attirante encore.

Évidemment, la politique économique ne peut être envisagée seule, c’est pourquoi nous vous invitons à suivre les autres thématiques abordées durant le reste de la semaine, pour avoir une vision d’ensemble sur les questions politiques.


Pour le MR: Défendre les classes moyennes, les PME et les TPE.

CYPRIEN DEVILERS "Charleroi doit être business friendly . Les classes moyennes créent l’activité, et les PME l’emploi qui ne peut pas être délocalisé. Attirer les PME, les TPE et les indépendants, ça passe notamment par le city marketing" , assène la tête de liste MR, s’adressant à un public bien ciblé. Traduction : business friendly , c’est être attirant pour les activités commerciales. Le city marketing , c’est miser sur l’image de marque de Charleroi. Les PME et TPE, ce sont respectivement les "petites et moyennes" et les "très petites" entreprises.

Pour devenir business friendly, il compte aider les entrepreneurs : "On a 800 biens communaux, dont des bâtiments. Plutôt que de ne rien en faire, on peut les mettre à disposition, sous condition d’innovation pour éviter la concurrence déloyale, et de création d’emploi par exemple. L’immobilier, c’est un des grands freins pour ceux qui lancent une activité. Bon, évidemment, l’aide ne peut pas être gratuite, mais on peut trouver des formules juridiques pour aider, en retardant les loyers le temps que l’activité décolle par exemple , détaille l’échevin sortant. On a besoin des entrepreneurs, ils sont là pour créer des emplois : les Facebook et Google, ça a commencé petit, grâce à un capital d’intelligence, pas de grosses machines ou de force de travail. Et Charleroi a une carte à jouer dans le digital et les nouvelles technologies."

Ce n’est pas tout : "Il faut aussi faciliter les démarches administratives et l’obtention de permis, arrêter de faire perdre du temps aux entrepreneurs avec ça : je pense notamment à des guichets en ligne et des horaires élargis à l’administration. On doit aussi aider les PME locales à postuler pour nos marchés publics : tout le monde n’a pas un cabinet d’avocats qui s’en charge comme dans les grandes entreprises."

RÉALISME : 6/10 Tout ce qui est proposé est faisable, oui, mais tout est à faire : rendre l’administration efficace (ce n’est pas le cas aujourd’hui), cartographier les bâtiments utilisables (et sortir le chéquier pour les sécuriser), rédiger des contrats innovants (en mettant une armée de juristes sur le coup)… Bref : de bonnes idées, mais sans garanties.


Pour C+: Créer un "échevin des indépendants".

ÉRIC GOFFART "Il faut soutenir ceux qui créent de la richesse et de l’emploi non-délocalisable à Charleroi : les PME et les indépendants. Pourquoi ? Parce qu’ils créent de l’emploi durable, accessible aux Carolos et notamment aux moins qualifiés qui peuvent ensuite s’y développer dans une entreprise à taille humaine" , explique la tête de liste C +, également échevin sortant, élu en 2012 sous la bannière du CDH.

Pour cela, une proposition : "Nous voulons créer un échevin des Indépendants. On doit pouvoir passer d’un échevinat du Commerce, qui gère les shoppings et les pop-up stores à un accompagnement quotidien des indépendants."

Il précise son idée. "Il faut, pour que ça marche, que ça soit transversal : screener les situations où les indépendants ont besoin de la ville, dans les services de la fiscalité, de l’urbanisme, de l’administration… et former les agents communaux à avoir cette même approche globale. L’objectif, c’est d’avoir un service clé-sur-porte pour que les indépendants se concentrent sur leur métier de base plutôt que sur des tâches administratives."

Une seule et unique proposition mise en avant ici, mais que C + voit comme un tout : "C’est comme une pelote de laine, quand on tire quelque part, ça fait venir d’autres choses. La politique économique est dépendante d’autres facteurs comme la fiscalité, la mobilité, etc. J’insiste sur le côté transversal. En résumé, ce qu’il faut, c’est un échevin qui soit à l’écoute des indépendants. Vraiment à l’écoute, en étant sur le terrain, parce que même si on est la plus grande ville de Wallonie, il faut de la proximité à l’échelle communale. Et j’endosserais d’ailleurs ce rôle avec plaisir si l’on m’en donne l’opportunité."

RÉALISME : 7/10 Le plan ressemble à celui du MR et de Défi… sauf que, avec un échevin efficace dans la compétence proposée, ça pourrait bien se réaliser. Goffart a prouvé qu’il pouvait faire des petits miracles ( cf. les routes), et être à l’écoute des entrepreneurs durant toute une mandature semble plus prometteur que de grands projets parfois flous.


Pour le PS: Renover la ville et former les jeunes.

PAUL MAGNETTE "On n’a pas beaucoup de leviers à l’échelon communal, c’est surtout la région et le fédéral. Ce n’est pas une raison pour ne rien faire, mais c’est un fait" , dit l’actuel bourgmestre socialiste, qui voit la politique économique sous trois axes : diversifier les activités, rénover la ville et former les jeunes.

La diversification d’abord : "On n’a pas les leviers, donc, mais on peut mettre à disposition des terrains et des bâtiments : parce qu’il faut se diversifier. Si Charleroi a tant souffert par le passé, c’est parce que tout tournait autour du charbon et du métal. Et quand la société change pour des raisons mondiales ou d’époque, ça fait mal. Ici, on veut miser sur le secteur public, c’est-à-dire l’enseignement, la santé, l’administration ; sur la manufacture de pointe dans l’aéronautique, par exemple ; sur l’aéroport qui est un grand moteur économique et sur le digital et les biotechs, qui explosent en ce moment. Le retour à l’emploi se fera aussi via les commerces et l’horeca, c’est un secteur qui engage beaucoup chez les jeunes notamment. Il faut bien tout ça pour être solide, parce que les secteurs et les qualifications requises sont diversifiés."

Ensuite, la rénovation urbaine : "La reprise passe aussi par là. Rive gauche, on aime ou on n’aime pas, mais c’est 700 emplois. Le palais des Expos et le centre de congrès, ça existe surtout à Bruxelles, c’est là que vont les médecins wallons. Alors que ça peut faire des emplois sur place, mais aussi pour les hôtels et restaurants proches. La rénovation urbaine, ça crée des opportunités d’emploi."

Enfin, la formation : "Le chômage a beau avoir baissé de 2.000 unités, on est loin du compte. Il y a 80.000 travailleurs à Charleroi, et 80.000 emplois. Mais ces emplois sont occupés par des gens d’ailleurs, par manque de formation ici. L’enseignement supérieur, via le campus de la ville haute, pourra changer cela."

RÉALISME : 8/10 On ne peut pas faire à Magnette le procès de la continuité : il se repose sur six ans d’acquis pour proposer de continuer dans la même direction. Il a changé les choses, c’est indéniable, et c’est le seul à envisager le tout avec une approche globale et à tenir un discours qui ne semble pas dirigé uniquement vers ses électeurs.


Pour Ecolo: Le circuit court et l'énergie renouvelable.

XAVIER DESGAIN Pour l’Ecolo, tête de liste après six ans sur les bancs de l’opposition, "la priorité est de mieux soutenir le commerce de proximité et le circuit court".

Plusieurs façons d’arriver à bon port : "il faut revoir la fiscalité des petits magasins de quartier, qui ont du mal à s’en sortir". Également sur la table : "pour développer la ceinture alimentaire de Charleroi, qui regroupe les producteurs du coin et les consommateurs, et pour aider les entreprises d’économie sociale qui engagent du personnel qui a des difficultés à trouver de l’emploi autrement, il faut qu’on puisse les inclure dans les marchés publics. On en parle assez peu, mais via un contrat avec la ville pour, par exemple, les repas scolaires ou dans les hôpitaux, il y a de quoi développer de l’emploi. En incluant des clauses locales pour le circuit court, on peut créer des emplois pour tous les Carolos grâce à des entreprises comme ce qui existe à Monceau Fontaine, par exemple."

L’autre grand axe, c’est miser sur la transition vers une ville verte. "Charleroi change, c’est indéniable, mais ça manque encore de côté vert et écolo" , note le conseiller communal sortant. "Dans les domaines de l’énergie renouvelable, l’isolation des logements, la propreté et le zéro déchets, il y a des emplois qui se créent. Et pas qu’un peu. L’avantage, c’est qu’en plus, c’est bon pour l’environnement tout en étant très souvent moins cher. Dans le domaine des énergies renouvelables, on prévoit 18 millions d’emplois d’ici 2030 sur la zone euro. C’est l’occasion de développer à Charleroi des centres de recherche et développement (R&D), des producteurs d’outils, de machines et de matériaux. Et de créer, en même temps, des emplois dans la vente, la pose et l’entretien de ce qui a, déjà à la base, été créé chez nous."

RÉALISME : 6/10 Miser sur le durable pour des emplois durables, c’est un beau vœu pieux : c’est une économie d’avenir, c’est un fait… mais encore faudra-t-il réussir à tout mettre en place dans un monde ultra-compétitif. Et ça, ce sera très difficile. Mais pas impossible. Dans le doute, il y a toujours les excellentes idées pour le commerce local.


Pour le PTB: Engager en masse dans le service public.

SOFIE MERCKX "Ce qu’on veut mettre en avant, c’est un service public fort, où on prend en main directement ce qui peut booster l’économie, en créant des entreprises communales" , propose la tête de liste du PTB, qui persiste et signe dans son projet de revoir entièrement le fonctionnement de la société. "L’autorité publique doit réguler le marché et faire les investissements nécessaires, si on veut avoir une relance économique."

C’est pourquoi elle propose de créer deux entreprises publiques, une dans la construction, l’autre dans l’énergie. "La ville et les structures paracommunales lancent des marchés publics qui vont à des entreprises privées, qui par définition cherchent à faire un bénéfice. En créant une entreprise publique, sans but lucratif mais rentable, on pourra recruter des corps de métier et exécuter les marchés nous-même."

Elle prend l’exemple de la Sambrienne (société de logements publics, NdlR) : "il y a des millions qui vont dans la construction de logements sociaux et la rénovation de ceux existants. On pourrait réaliser tous ces travaux en interne, Et les gens n’auraient pas de contrats précaires dans des entreprises de sous-traitants, employées sur le terrain par d’autres entreprises qui remportent les marchés." Autre idée, mais dans l’énergie cette fois : "lancer une entreprise communale active dans les rénovations énergétiques, le placement de panneaux photovoltaïques et la production d’énergie 100 % verte, c’est à nouveau créer des emplois, faire du local et réduire la facture d’électricité des Carolos en négociant à 100.000 foyers au lieu d’un par un."

Elle le précise, et elle fait bien : "ce type d’entreprises publiques existe à Vienne, à Copenhague, Munich et Stuttgart. Pourquoi pas chez nous ?"

RÉALISME : 2/10 Autant le PTB a des bonnes idées (qui sont même reprises par la majorité), autant ce qui est présenté ici n’est pas réaliste : pas que l’approche communiste soit impossible, mais elle nécessite de bousculer toute la société, avec les risques que cela comporte : la dernière grosse régie ouvrière a dérivé vers les "affaires" de la Carolo...


Pour Défi: booster le commerce de proximité

JEAN-NOËL GILLARD "On s’est trop focalisé sur les grandes infrastructures commerciales, alors que les petits indépendants ont été laissés de côté durant cette mandature. Il y a 15 % de cellules commerciales qui restent vides, et on veut changer ça en 10 propositions" , note le jeune Marcinellois, plutôt inconnu jusqu’ici mais qui compte bien peser dans le débat public.

"En favorisant les petits commerçants, on impactera positivement la vie de tous les Carolos : ça crée de l’emploi, ça anime et ça sécurise les rues grâce au contrôle social automatique quand un endroit est fort emprunté" , dit encore la tête de liste pour Défi. Il donne deux exemples de propositions. Un : "on veut supprimer la taxe communale pendant trois ans pour ceux qui s’installent dans une cellule précédemment vide, comme dans la rue du Calvaire à Gosselies ou la place du Ballon à Jumet." Deux : "il faut absolument mieux gérer les chantiers, qui causent du tort aux commerçants. Parfois, ça peut durer des années pour les grands projets, il faut donc mieux communiquer envers les commerçants pour qu’ils puissent prévoir, et du côté des autorités publiques penser à des compensations financières, que ça soit de l’argent ou grâce à de la publicité, pour pallier ces grands chantiers. Il faut aussi, dans le même ordre d’idées, créer une carte virtuelle des chantiers pour que tout le monde puisse se tenir au courant de ce qui se fait et de ce qui va se faire. Ou encore envisager des équipes de nuit pour accélérer la mise en œuvre : bref, moins pénaliser les commerces."

Enfin, pour lui, il s’agit aussi de penser aux logements vides au-dessus des commerces : "on peut faire des accès communs à plusieurs buildings pour éviter d’empiéter sur les vitrines, en facilitant les obtentions de permis notamment."

RÉALISME : 5/10 La vision semble fine sur les problèmes de proximité, mais l’ultra-local ne sera pas suffisant pour redresser tout Charleroi. Promettre des petites choses qui pourront aider toute une catégorie de la population, c’est une base solide, mais ce n’est qu’un pan du problème. Retirer une taxe va par contre demander de trouver l’argent… ailleurs.