La restauration du Beffroi à Mons: retour sur un incroyable chantier

La salle Saint-Georges accueille jusqu'au 2 janvier une exposition sur les 30 ans de rénovation.

La restauration du Beffroi à Mons: retour sur un incroyable chantier

Victor Hugo y voyait une énorme cafetière flanquée de quatre théières moins grosses. "Ce serait laid si ce n’était grand. La grandeur sauve", confiait le poète à son épouse en 1837. La grandeur sauve. Les travaux de restauration aussi. Aujourd’hui, l’unique beffroi baroque de Belgique a fière allure et attire les touristes. 168.000 visiteurs depuis sa réouverture en 2015. Mais avant cela, il a fallu passer par un chantier titanesque qui se raconte passionnément à travers une exposition à la salle Saint-Georges.

Tout a commencé par le vol inattendu d’un drôle de piaf. "En 1976, un corbeau, élément architectural soutenant le premier balcon, tomba du beffroi. Cela mit les autorités de l’époque en alerte. On se rendit compte qu’il était temps d’intervenir sur ce beffroi qui avait été construit au 16e siècle et qui avait connu une première restauration en 1845", explique Manuela Valentino, conservatrice des patrimoines Unesco de la Ville de Mons. "En 1984, les travaux commencent. Évidemment, personne n’imaginait que le chantier allait durer si longtemps."

Il aura fallu en effet trente ans. Soit dix fois plus de temps que pour la construction. Certes, de nouvelles phases pas prévues se sont révélées nécessaires en cours de route. Il y en aura eu six en tout. Et on ne s’est pas affairé sur le beffroi non-stop pendant trente ans, loin de là. Le chantier a été entrecoupé de longues démarches administratives pour venir au bout de cette fameuse rénovation qui aura finalement mobilisé deux générations d’experts et d’artisans.

On peut découvrir les témoignages de quelques-uns d’entre eux dans cette exposition. Tout comme des objets que certains avaient gardés jusqu’ici. Comme cette maquette en pierre bleue qui a permis de résoudre le casse-tête du remplacement d’imposantes parties de l’escalier. Pas facile de retirer des pierres de 600 kilos sans que tout s’effondre. Le chantier a en effet posé plus d’un défi technique. Dans la même veine, il a fallu installer une structure métallique pour soutenir le poids du carillon qui s’enfonçait dans la tour et menaçait la stabilité du beffroi. Mais en l’absence de fenêtres pour faire passer le matériel, il a fallu se montrer ingénieux.

Les petits secrets de cette incroyable aventure humaine et technique sont rassemblés pour la première fois. "Nous avons eu l’idée de cette exposition en 2015, lors de la réouverture du beffroi", poursuit Manuela Valentino. "On s’est rendu compte qu’il y avait encore énormément d’informations qui manquaient. Elles étaient archivées dans quatre lieux différents. Il y avait des milliers de documents et de pièces. C’est une synthèse qui est ici présentée. Le travail qui a été réalisé présente un intérêt pour le grand public, mais aussi un intérêt scientifique. Dans cent ans, quand on se demandera comment s’est déroulée la restauration du beffroi, on aura toutes les informations sous la main."

Pas besoin d’attendre jusque-là pour remonter l’histoire de cet incroyable chantier cela dit. L’exposition peut se découvrir dès à présent à la salle Saint-Georges et sera accessible jusqu’au 2 janvier. "Le Beffroi qui a été reconnu au patrimoine mondial de l’Unesco en 1999 constitue l’un des symboles forts de notre ville. Nous pensions qu’il était important de revenir sur cette histoire et nul doute que cette exposition va parler aux Montois. Ce week-end d’ailleurs, elle est accessible gratuitement. Mais il est préférable de réserver sa place auprès de Visit Mons", conclut Catherine Houdart, échevine de la Culture.