Anderlues: le budget voté et adopté sans la bourgmestre, par l'opposition et des socialistes "qui ne sont plus des moutons"

Le bras de fer continue entre le clan de la bourgmestre PS, le clan du premier échevin PS et l'opposition AJC.

Anderlues: le budget voté et adopté sans la bourgmestre, par l'opposition et des socialistes "qui ne sont plus des moutons"
© Capture d'écran - conseil communal d'Anderlues du 2 août

On le sait, la situation politique à Anderlues est ubuesque. On le répète à chaque fois pour resituer: la bourgmestre PS Virginie Gonzalez est à la tête d'une minorité d'élus. Si la liste socialiste a gagné les dernières élections communales (il faut 12 sièges sur 23, ils en ont obtenu 14), des tensions internes au PS ont fait naître deux clans: le clan "Tison-Gonzalez", du nom des deux bourgmestres successifs qu'a eue la commune depuis 2018, et le clan "Zanola", du nom du premier échevin (suivi par deux autres échevins et une conseillère communale). Ils sont 10 dans le premier clan, 4 dans le second. Sauf qu'aux dernières élections, l'opposition CDH-MR-Ecolo s'est rassemblée dans un cartel AJC (Anderlues J'y Crois) a obtenu 9 sièges. Plus personne n'a donc de majorité pour faire passer des points au conseil : 10 pour le "PS Tison-Gonzalez", 4 pour "PS Zanola", 9 pour "AJC".

On ne refera pas tous les différents coups bas, promesses non tenues, secrets et menaces qui ont été échangées au cours des années passées, toujours est-il qu'aujourd'hui, la vapeur s'est inversée à Anderlues: dans le clan de la bourgmestre, on est 10, avec l'impossibilité de voter des points au conseil. Et le clan "Zanola" s'est trouvé partager pas mal de points communs avec AJC, les deux peuvent donc voter des points main dans la main, à 13 sièges. La majorité est donc en minorité de fait. Et ça cause non seulement des tensions, mais aussi une sorte d'immobilisme qui paralyse la commune. Malgré les appels à revoter pour simplifier la situation, des tentatives de concertation entre les élus, rien n'a évolué. Pire, aujourd'hui l'opposition AJC et le clan "Zanola" ont l'air d'avoir bien décidé d'arrêter les frais... et de gouverner sans la bourgmestre!

C'est ce qu'il s'est passé ce lundi 2 août : AJC a convoqué un conseil, auquel est venu le "PS Zanola". Le PS Tison-Gonzalez n'est pas venu. Objectif: voter le budget de la commune, qui n'avait pas été adopté à la dernière réunion du conseil communal puisque chacun campait sur ses positions. À 13, ils ont donc fait sauter les articles qui les ennuyaient dans la proposition de budget de la bourgmestre, et ils ont voté le texte en l'état. "Trahison!", s'écrie la bourgmestre Virginie Gonzalez dans un communiqué au vitriol envoyé à la presse début de semaine. Mais ce n'est pas l'analyse qu'en font le "PS Zanola" et AJC: "c'est une situation difficile à vivre, mais il est de notre devoir de défendre la démocratie. Avec nos camarades, nous ne serons plus les moutons de panurge mais nous travaillerons désormais pour Anderlues. Le budget doit être adopté, mais il doit représenter les remarques de la majorité des élus", disait Rudy Zanola le 2 août en ouverture de la séance du conseil communal à treize. Il ne l'a pas dit, mais on peut donc comprendre: "madame la bourgmestre, c'est bien beau de dire que vous êtes la majorité, mais avec 10 sièges vous ne l'avez pas. Il faut 12 sièges pour être en majorité, ce que nous avons aujourd'hui, nous représentons donc mieux le vote de la population que vous et vos dix élus." Pour AJC, le conseiller et chef de file Hadrien Polain n'hésite pas à aller plus loin : "Nous ne pouvons plus travailler avec ces crapules-là, et c'est la position officielle d'AJC. Quand on veut parler du budget, on ne nous laisse pas parler, or eux n'ont pas les sièges pour adopter leur budget. On a donc fait du blocage: si le PS ne veut pas travailler avec nous, on ne veut pas non plus. Et il me semble clair que le groupe Zanola ne veut plus travailler avec eux non plus."

Conséquence: le budget est voté. Sans les points qui fâchent AJC et PS Zanola.

"Ils ont voté le retrait d'un point très important pour Anderlues: le programme Renowatt", s'indigne la bourgmestre Virginie Gonzalez. "Celui-ci prévoyait plusieurs investissements d'envergure pour la rénovation énergétique des bâtiments. Les climato-sceptiques du Conseil ont gagné! Leur ignorance et leur mauvaise foi couteront très cher à notre commune. Sans ce programme, il sera impossible pour la Commune de s'inscrire dans le respect des critères internationaux pour la réduction des émissions de CO². Nous ne pourrons pas y arriver à temps. Le retrait du programme Renowatt est une honte qu'AJC et le groupe Zanola devront assumer pour le reste de leur carrière politique. Il faudra rendre des comptes et expliquer aux jeunes générations pourquoi, par jeu politique, des élus ont refusé d'investir dans le développement durable et la protection de l'environnement."Climato-sceptiques qui refusent la rénovation énergétique, c'est pourtant une définition que refusent d'accepter les élus qui ont voté le retrait du point. "Le programme n'est pas rentable, on nous propose des investissements amortis sur quinze ans pour certains bâtiments, quarante ans pour d'autres. On refuse d'engager financièrement la commune pour 40 ans, sachant que les panneaux photovoltaïques et l'isolation ne dureront pas aussi longtemps. On veut rénover les bâtiments, mais avec un retour sur investissement de 20 ans maximum", détaille Hadrien Polain. Leur point de vue: si Renowatt est peut-être intéressant pour d'autres communes - Charleroi utilise le programme par exemple - ça ne l'est pas pour Anderlues - on notera que Rixensart par exemple s'est aussi retirée du projet. "On veut se tourner vers les alternatives, il y a le tiers payant par exemple, où une entreprise vient faire les travaux d'isolation, de châssis, de photovoltaïque et la commune la rémunère sur les économies d'énergies faites. Il y a aussi la possibilité, et à coût moindre que ce qui était prévu par Renowatt, de faire les travaux en interne avec le service travaux. Parce que le problème, derrière Renowatt, c'est qu'on engage la commune dans des dépenses importantes qui limitent la capacité d'investissement dans d'autres projets. Je ne veux pas qu'on arrête de rénover des rues ou qu'on ne puisse pas investir ailleurs parce qu'on a décidé d'isoler cinq bâtiments publics. Mais je reste bien sûr persuadé qu'une commune doit isoler ses bâtiments et montrer l'exemple au citoyen, ce n'est pas du tout la question."

La bourgmestre Virginie Gonzalez semble hors d'elle dans son communiqué, et en appelle à un "geste fort" de la direction du parti socialiste et du ministre des Pouvoirs Locaux. Du côté d'AJC, on est plus sereins: "Nous n'avons pas ajouté d'amendements au budget préparé par le collège communal et l'administration pour ne pas se faire taper sur les doigts par la tutelle, le Code de la Démocratie Locale est par contre très clair sur comment enlever des dossiers d'un budget, on s'en est donc tenu à ça", explique Hadrien Polain, qui compte bien - hors élections anticipées, précise-t-il - continuer dans la lancée du 2 août et ne plus rien céder à la bourgmestre.

Le bras de fer continue. Jusqu'à quand?